Retranscription du Tuyau, numéro 10, page 1 (16 septembre 1915)

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Le N°10 Pf. - 16 septembre 1915. N°10

LE TUYAU

Organe indépendant des Prisonniers de Quedlinburg.

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque 6.A

séparation

Un an après (septembre 1914 - septembre 1915

Me voici à Meaux, c'est-à-dire qu'en temps normal je ne serais qu'à une demi-heure de Paris. La petite ville paraît avoir été laissée intacte par la guerre, du moins les canons ennemis ne lui ont-ils fait aucun mal.
C'est le Mardi 1er septembre 1914 que Meaux courut les plus grands dangers, c'est ce jour là que les Anglais s'avancèrent par la ville, pour prendre position tout au près. La bataille de Charleroi une fois perdue, les armées françaises avaient battu en retraite dans les derniers jours d'Août, se portant sur une nouvelle ligne de défense. Tous les ponts franchissant la Marne avaient été détruits, même celui qui, en plein milieu de la ville, supporte de vieux moulins sur son tablier de bois.
Le 2 Septembre on lisait sur les murs de Paris que le gouvernement se transportait à Bordeaux. Le général Gallieni, nommé gouverneur de Paris entamait ses préparatifs de défense.
Le 3 les troupes allemandes jetaient des ponts sur la Marne.
Le 4, les armées Klück et Bulow franchissaient le Grand Morin. A ce moment la ligne française avait la forme d'un croissant, elle partait de Verdun, passait au Sud de l'Argonne, par Vitry-le-François, puis au sud de Mailly, de Sézanne, d'Esternay et de Coulommiers d'où elle remontait sur Meaux, au Sud-Est de cette ville se trouvaient les Anglais, au Nord-Ouest l'armée de Maunourg. Cette ligne longue de 180 kilomètres traversait sept départements.
Aujourd'hui c'est le seul département de Seine-et-Marne qu'il m'est loisible de visiter, et même plus exactement ce ne sont que les environs immédiats de Meaux. Entre de petites collines boisées, la vue s'étend sur des plaines paisibles, par ci par là un petit bois. Rien ne parait déceler que la guerre est venue jusqu'à ces champs.
Pourtant ce petit tertre, au bord du sentier, avec son piquet blanc peint d'un croissant et d'une étoile noire évoque la mort et plus j'avance, plus cette impression m'envahit et se précise.
Voici un tronc d'arbre troué de part en part, dans ce champ là-haut j'aperçois des crois blanches, tombes de soldats français. Je fais arrêter ma voiture. Une tranchée encert tout le long d'un petit bois. Voici une tombe sans croix que signale un piquet noir marqué d'un A avec un numéro: c'est la tombe d'un soldat allemand.
Je reprends ma route - les croix blanches alternent avec les picquets noirs. De ci, de là au milieu des prés où des champs par encore moissonnés flotte un drapeau français ou bien un drapeau blanc. Amis et ennemis gisent côte à côte, nombreuses sont les tombes allemandes qu'entoure une hâtive cloture de fil de fer, et l'inscription "Ménagez les tombes" protège également celles de l'ennemi.
Barreddes : les habitants fugitifs sont revenus. Les murs se sont relevés, les toits ont été réparés. Des hauteurs que franchit la route les batteries allemandes ont tonné l'an passé dans les vallées de l'Ourcq et de la Marne. Le 8 7bre dans les environs et notamment Etrepilly, Barcy, Chambyon ont s'est violemment battu.
A Etrépilly auprès du grand