Retranscription du Tuyau, numéro 10, page 2 (16 septembre 1915)

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cimetière français s'élève le monument qui doit commémorer la bataille de la Marne. De l'autre côté de la route voici la tombe d'un officier allemand, elle porte une croix noire et le nom du mort.
Barcy a beaucoup souffert. Les maisons qui n'ont pas été complètement rasées sont réparées tant bien que mal. Par contre l'église a été laissée telle quelle avec son clocher écroulé. La grosse cloche gît dans les décombres. J'oblique maintenant sur Chambry, toujours des tertres avec des croix bordent la route. Deux fantassins passent, ils s'arrêtent et restent quelques instants debout saluant les tombes.
Et maintenant je reviens sur Etrépilly. C'est encore son cimetière qui laisse l'impression la plus tragique, il existait avant la guerre et a été l'objet de combats acharnés; tois fois les Français qui s'y étaient retranchés en ont été chassés avant de pouvoir en devenir maîtres. Les murs restent crénelés, les obus ont bouleversé les tombes, éventré les petites chapelles de pierre, les croix, les grilles de métal ont volé en éclats. Au vantail de grande Porte a été adapté un tronc ou le visiteur jette quelques sous qui serviront à parer les tombes. Là reposent seulement des soldats français, sur un côté du cimetière les tertres s'ordonnent en rangs et en files, de l'autre côté, près du mur qui subsiste, seule une grande tombe commune est consacrée au 3e Zouaves. A droite, à gauche partout où le regard se pose, voici des tranchées qui datent de la bataille.
Le soir tombe, une pluie légère s'abat sans bruit sur tout ce qui a été l'emplacement de combats furieux. Je m'en retourne vers Paris.
D'après le Cursp, spl ? Zeitung.

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Les faits de la Semaine (5-12 septembre 1915)

La Guerre

1°Front Russe. De gros événements se sont passés cette semaine en Russie. Le tzar a pris en personne le commandement des troupes Russes de terre et de mer (5 sept). Il a nommé le grand duc Nicolas Nicolajowitel vice roi du Caucase et commandant de l'armée qui opère dans cette région (8 Septembre).
Pourquoi cette double mesure? L'idée qui vient tout d'abord à l'esprit, c'est que le tzar, mécontent de la façon dont les opérations militaires étaient conduites par son oncle, a usé d'un stratagème ingénieux pour se débarasser de lui. En effet, en prenant lui-même le commandement des troupes, il éliminait inévitablement le grand duc qui ne pouvait servir en sous-ordre après avoir été chef suprême. Et il avait ensuite toutes facilités pour confier la direction de la guerre à un général de son choix, Alexiefou Russki qui aurait été sous son nom, le véritable chef. Mais à tout prendre il semble bien que cette interprétation soit inexacte. Le Grand duc Nicolas, malgré ses déconvenues, n'est pas un chef sans valeur. Il a battu les Autrichiens à Lemberg, il a pris Roympel. On ne peut lui imputer les défaites de Galais et de Pologne dues à mille causes diverses auxquelles il est étranger. Au contraire il a du manoeuvrer avec assez d'adresse pour éviter d'être encerclé par les ennemis et pour sauver les armées de son pays d'un désastre que le journal de Magdebourg prophétisait dès la fin de juillet et qui devait etre l'un des plus sensationnels de l'histoire. Le tzar sait tout cela, il sait aussi que la bureaucratie russe n'a pas fait son devoir dans la préparation de la guerre, que les manufactures d'armes ont été désorganisées par l'incurie, la malveillance ou même la trahison, et il est trop juste pour faire retomber sur un homme la responsabilité d'un ensemble de circonstances déplorables.
il faut donc chercher ailleurs les causes de sa décision. Elles m'apparaissent assez simple.
Le tzar a voulu avant tout faire une manifestation destinée à avoir son retentissement en Russie et hors de Russie.
En se mettant lui-même à la tête des armées russes, comme le roi Albert à la tête de l'armée Belge, il proclame à ses sujets que l'heure est grave, que l'existence de la Russie est un peu comme celle de la Belgique et que tous doivent contribuer de toutes leurs forces à la défense du sol natal. En même temps il fait appel aux sentiments mystiques de son peuple qui voit en lui un chef spirituel autant qu'un souverain temporel et qui combattant sous ses ordres, apportera dans la lutte la double ardeur du sentiment patriotique et de l'enthousiasme religieux.
D'autre part, en prenant lui, incarnation vivante de la Russi, la direction des armées, il entend montrer à l'étranger que la guerre en Russie n'est pas l'oeuvre d'une ? militaire, d'une coterie suspecte ou odieuse au reste de la nation, mais qu'elle répond aux voeux du pays tout entier. Et cette manifestation, venant après celles auxquelles s'est récemment livré le président de la Douma est assez significative. le Tzar a pris comme collaborateur, le général Alei... sera chef d'Etat-Major général. ?