Retranscription du Tuyau, numéro 12, page 3 (30 septembre 1915)

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Depuis nous n'avons rien appris ou presque rien, à part quelques engagements sans importance sur les bords de la Drina ou du Danube. Et il ne semble pas jusqu'à ce jour que les Austro-allemands préparent une grande expédition balkanique.
c/ Italie et Autriche - Les Italiens se sont emparés du Mont Costo, ainsi qu'en font foi simultanément les communiqués autrichien et italien (23-24 7bre).
3° Front occidental
Rien à signaler sur ce front pendants les premiers jours de la semaine, sinon le raid des aviateurs français contre Stuttgart (286 218 hab) capitale du Wurtemberg, et à 250 k. environ à vol d'oiseau de Nancy. C'est une ville riche, de fonctionnaires et de rentiers, bâtie dans un décor aimable, au milieu d'un cercle de collines boisées. Le roi de Wurtemberg y a une résidence élégante à proximité de la gare. Nos aviateurs sont arrivés au-dessus de la ville le 22 7bre à 8h45 du matin. Ils ont lancé sur la gare et le château royal trente obus qui n'ont, parait-il, pas fait de dégats importants, mais qui ont tué sept personnes et blessé un assez grand nombre de civils et de militaires.
Puis ils ont repris leur vol vers la France, toute l'escadrille est rentrée au port, indemne, malgré les canonnades nombreuses qu'elle a eu à essuyer en cours de route (cf. les comm. all et franc. du 20 7bre).
Si les premiers jours de la semaine sur le front occidental ont été relativement paisibles, les derniers par contre semblent avoir été très agités. Le communiqué allemand du 25 7bre, annonce que les troupes franco-anglaises, après une préparation d'artillerie qui, sur certains points, a duré cinquante heures, ont attaqué sur tout le front des Vosges à la mer. Est-ce la grande offensive, comme veulent le croire les journaux allemands? Ni eux, ni nous, n'en savons rien. Toujours est-il que les attaques qui se sont produites en deux places surtout, dans le Nord, entre Ypres et Arras, et en Champagne, entre Reims et l'Argonne, semblent avoir été particulièrement violentes. Les alliés ont remporté d'assez gros succès. Si les attaques tentées le 25 7bre par les Anglais près d'Ypres et au nord du canal de la Bassée, n'ont pour ainsi dire pas abouti, celles qu'ils ont entreprises le même jour à l'est de Grénay et de Vermelles leur ont mis entre les mains le village de Loos qu'ils tenaient encore le 26 au soir malgré la violence des contre-attaques ennemies (comm. anglais du 26). Ils ont, sur cette partie du front, pris 8 canons, des mitrailleuses et fait 2 600 prisonniers.
Au nord, dans le secteur d'Arras, les Français ont occupé le 25 le château Le Carleul, le cimetière de Souchez et les dernières tranchées que l'ennemi conservait encore à l'est du Labyrinthe (comm. français du 25 midi). Le 26 ils ont pris le village de Souchez et progressé dans la direction de Givenchy. A l'est de Neuville-Saint-Vaast ils ont atteint la route d'Arras à Lille. Mille prisonniers ont été faits au cours de ces combats (comm. franc. du 26 au soir).
Mais c'est surtout en Champagne que les Français ont obtenu des résultats appréciables. Au cours d'une attaque entreprise le 25 et poursuivie le 26 entre le Suippe et l'Aisne, ils ont pénétré dans les lignes allemandes sur une largeur de 25 k. et une profondeur de 3 ou 4 kilom. Ils ont atteint le village de Maisons-de-Champagne ainsi que la cabane qui se trouve sur la route de Souain à Somme-Py et la baraque qui est sur le chemin de Souain à Tahure. Ils ont pris près de 16 000 hommes non blessés et de 20 canons, si bien que le butin total fait par les troupes alliées pendant ces deux jours de lutte se monte à 20 000h et 28 canons (comm. franc. du 26 au soir). Les allemands de leur côté annoncent avoir fait au cours de leurs contre-attaques de 5 à 6000 prisonniers.
II La Diplomatie
La Bulgarie a mobilisé le 21 7bre. Officiellement c'est une simplemesure de précaution qu'elle prend, et elle ne fait que suivre l'exemple de la Hollande et de la Suisse. En réalité cette mobilisation semble dirigée contre la Servie, et c'est bien ainsi d'ailleurs que l'entendent les journeaux allemands. Les Bulgares ne pardonnent pas en effet à leurs voisins d'avoir obtenu au traité de Bucarest (1913) la Macédoine qu'ils considérent comme faisant partie de leur patrimoine héréditaire, et ils voudraient profiter pour la reprendre des embarras où se débat acteullement la Serbie.
Reste à savoir quelle sera l'attitude de la Roumanie et de la Grèce qui ont promis à la Serbie d'intervenir toutes les fois que le traité de Bucarest serait menacé. Les journaux allemands semblent croire qu'en cas de guerre, Grecs et Roumains resteraient neutres. Cependant la Grèce a mobilisé.
III Divers. L'emprunt allemands a produit 12 Milliards de Marks.
L. Calvet