Retranscription du Tuyau, numéro 12, page 7 (30 septembre 1915)

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musical inférieur au précédent. Une petite pièce caractéristique "Le Cortège nuptial de la Rose de Léon Jessel était amusante avec les bruits de la forêt et le gazouillement des oiseaux. Exécution un peu lourde et trop vive. Le concert s'est terminé avec la Marche de Jeanne d'Arc de M. E.Mignan, ouvrage bien orchestré, intéressant surtout dans sa première partie, toujours brillant et plein d'inspiration. Les sonneries de trompettes, quoique épuisantes ont été prises jusqu'à la fin presque sans accident.
D'une façon générale et contrairement à l'habitude le premier concer donné au Camp I a été meilleur que celui du Camp II.
Intérim.

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Willy, musicien au 4e Camp

C'est un garçon très comme il faut
Célibataire et sympathique
Mais il aime trop la musique
Et c'est là son moindre défaut

Lors du célèbre pétomane
A pAris, il fit un séjour
Et c'est, je crois, depuis ce jour
Que Willy devient... mélomane

C'est un instrumentiste à vent
Qui n'est pas toujours inodore
Et dont le souffle trop sonore
Aurait besoin d'un paravent

Et s'il fait encor sans vergogne,
De la musique à ses amis
Qu'il demande dans ses colis
Quelques falons d'eau de cologne

Le Vieil Abonné

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de ma femme elle m'a prévenu qu'elle ne rentrerait pas avant 8 heures, pour dîner. Il se tut et le policier restait songeur. Ils firent quelques pas sans parler.
- Du sang, serait-ce la vitre cassée, monologait Faivrol, bah, nous allons bien voir... et se tournant vers Aubemont
- A quelle heure avez-vous quitté votre ami?
- Il était 2h1/4 à l'horloge de la gare de Sceaux, j'en suis sûr, nous avons regardé l'heure ensemble avant de nous séparer.
- C'est bein ce qu'il m'a dit, mais à mon tour de vous raconter sa rentrée- et brièvement Faivrol reconstitua d'après ce qu'avait pu lui dire Renard, le retour de celui-ci, tel que le le connaissent nos lecteurs.
Il dit les cris enigmatiques "Crains Dora" dans la nuit, la surprise du concierge, la porte fermée à un seul tour, l'aboi soudain du chien et la découverte sur le lit d'une femme poignardée en plein coeur.
- Renard, continua le policier, est heureusement un garçon très peu nerveux, qui le premier mouvement d'effroi passé, songea que sur le même palier que lui habitait un assistant de l'Hôtel-Dieu, le docteur Guenhollier, avec lequel il est lié. Il alla sonner à sa porte, eut la surprise de le trouver encore debout préparant un examen, disait-il. Quand il lui conta sa macabre découverte, le docteur eut un éclat de rire, traita Renard de fou, voulut le renvoyer, puis s'apercevant que celui-ci était à bout de forces, il consentit à le suivre. Quand il se fut penché sur le corps, qu'il eût retiré le poignard et constaté que la femme était bien morte, il se releva hagard, m'a dit votre ami, et la sueur au front. C'est pourtant un homme de métier, habitué à la vue des cadavres, et dont précédemment j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier le sang-froid et l'habileté professionnelle. J'habite place St Sulpice, c'est à dire à deux pas de votre ami, Guenhollier songea à moi comme Renard avait songé à lui et ayant fermé la porte à double tour, ils vinrent me réveiller à trois heureus du main,et voici ce que me révela docteur affolé. Il n'aurait du s'agir que d'une vulgaire farce de carabin. L'indifférence qu'éprouvait Renard pour les femmes avait incité Guenhollier et quelques amis, un peu éméchés à la suite d'une de ces ripailles de salle de garde - où l'on fêtait un camarade reçu docteur - à lui faire une farce assez macabre d'ailleurs, et que les évènements devaient rendre plus lugubre encore. A ce repas assistait une de ces filles qui fréquentent les salles de garde, jolie et rien moins que bégueule, elle s'appelait Dora et était un remarquable sujet pour toutes les expériences d'hypnotisme. On savait que Renard qui avait refusé d'assister au repas de thèse par suite de son dîner mensuel avec Aubemont ne rentrerait que tard.
L'un des jeunes médecins avait endormi la pauvre fille, lui suggérant de se réveiller deux heures plus tard (il était environ minuit) en disant: "Prends-moi, mon chérie, prends-moi, ou je me tue, je t'aime trop!" Guenhollier avait monté la jeune femme endormie, dans ses bras, à l'insu du concierge, et au moyen de sa clef qui se trouvait ouvrir les deux portes du même palier, était entré chez Renard, avait étendu la jeune fille sur le lit et était ressorti en fermant soigneusement la porte à double tour. C'étaient des comparses de la même bande, qui guettant le retour de Renard et échelonnés entre la Taverne et la rue de Tournon lui avaient par deux fois crié aux oreilles "Crains Dora". Si enfin Renard avait trouvé Guenhollier encore debout à 2h1/2 du matin, c'est qu'il attendait bien sa venue et qu'il comptait réjouir le lendemain la salle de garde en racontant la fin de l'avanture.
Et voilà qu'entre le moment où il avait déposé la jeune femme endormie sur le lit, et celui où Renard était rentré, Dora avait été assassinée.
Pendant qu'ils me contaient ceci, je m'habillais, à 4 heures du matin, je pénétrais avec eux dans l'appartement de votre ami et je commençais mon enquête.
(A Suivre)
Les Six
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