Retranscription du Tuyau, numéro 3, page 2 (29 juillet 1915)

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l'école des cadets entrent à la caserne en qualité de sous-officiers, ceux qui ont passé par la classe Selekta ont suivi les mêmes cours que ceux de l'école de guerre ils sont pour devenir officiers dispensés de la formalité du vote, et sont directement nommés par l'Empereur.
J'ai dit plus haut que les Cadets et les enseignes ayant conquis les titres de lieutenant pouraient choisir leur régiment à la condition de s'y faire agréer. Certains régiments tels que ceux de la garde sont particulièrement recherchés. Les fils aînés des familles nobles de l'Est s'y font admettre généralement dans la cavalerie, ils s'y rencontrent avec les fils et parents de petits souverains. Les fils du roi de Prusse sont tous lieutenants au 1er Regt de la garde à pied, en garnison à Postdam qui n'est composé que d'officiers nobles. Un certain nombre d'autres régiments se montrent également exclusifs. Le régiment de Ziechin hussards à Rathenon, près Berlin, a la réputation de fournir les meilleurs cavaliers de l'armée, le 1er Cuirassiers à Preslau où se trouve toute la noblesse de la Silésie, le 3e Cuirassiers de Koenigslergqui reçoit celle de la Prusse orientale, le 1er et le 2e hussards du roi à Pantgiq que l'empereur favorise, le 2e dragons à Schwedt s/Oder dont le prince Albrecht fut le chef, le 13e uhlans à Furstenwalde, le 3e Uhlans à Hanovre figurent parmis les régiments de cavalerie les plus estimés. Pour l'infanterie il faut citer le corps d'officiers du 73e d'infanterie à Hanovre, du 55e à Detnold du 2e à Steltin, du 7e chasseurs à Buckebourg recrutés dans la petite noblesse.
L'Empereur se regardant comme le premier soldat de son armée, la solidarité la plus complète existe entre le cgef suprême et ses subordonnés, solidarité soutenue par le même respect de la discipline. Il règne ainsi entre tous les officiers une sorte de fraternité qui fait du corps une grande famille unie par le dévouement à la dynastie des Kolengollern(1)
J.Monjour
(1) Voir Jules Huret, En Allemagne - Berlin
Paris 1910 - Charpentier Editeur

Propos d'un prisonnier
"La Corvée, rassemblement!"

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Pour s'appeler "Arbeit" ou "Rabotschi" la corvée n'en sévit que mieux à Quedlinburg. C'est une manne qui tombe sur le prisonnier de guerre matin et soir à l'exception des Dimanches et fêtes carillonnées.
Les heures de rassemblement, qui varient selon les saisons ont une tendance fâcheuse à serrer de près le lever du soleil. Encore étendu sur sa paillasse et tout à ses rêves de liberté ou d'amour, le gradé de service voit se pencher sur lui "l'annonciateur des corvées", Cyrano à la barbe noire et frisée, qui lui murmure avec la plus exquise politesse les mots sacramentels "La corvée s'il vous plait" C'est ainsi qu'à mon tour, sous la pluie et sous le soleil, suivi d'un seul homme qui m'avait laissé la fréquence des départs et des "embuscades", je me suis acheminé mélancoliquement vers la grille.
Là se tient le grand maître de la "Rabotsche" le sergent X aux joues fleur de pêcher; c'est là qu'il prend livraison de ses victimes. Avec une férocité toute juvénile, ce poilu de vingt ans, les empile sur 4 ou 5, les coupe en morceaux, les encadre de sentinelles blondes ou grises et les lance sans remords vers leurs destins divers. Car les corvées sont innombrables comme nos jours de captivité. On ne saurait médire de toutes, mais s'il en est de supportables, voire même de délicieuses, il en est aussi de "verte et de pas mûres" " des indésirables".
Même pour un philosophe quel plaisir voulez-vous trouver à suivre l'éblouissante casquette de capitaine des latrines et à commencer à 25 ou 30 ans des exercices pratiques de vidange.
Et tout ceux qui chantaient si joyeusement jadis sur les routes de France le refrain fameux, "pompons la M...." comme ils doivent regretter aujourd'hui d'avoir osé défier le destin, ce Dieu jaloux du bonheur des hommes!
Par contre quel enthousiasme, quelle concurrence même pour les corvées de ville. Qu'il s'agisse de ravitailler la cuisine en pommes de terre, la commandantur en mobilier ou l'infirmerie en médicaments, les volontaires sont nombreux, caporaux et sergents renoncent s'il en est besoin au bénéfice de leurs galons.
Le soir vous verrez revenir ces élus, les uns chargés de bouquets champêtres, d'autres plus pratiques, d'une copieuse salade de saison, et tous avec le sourire...... ils ont vu des femmes!

H.Saussier

La Vie au camp

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On dit... que d'ores et déjà certains prisonniers se font expédier leurs vêtements d'hiver en vue d'un séjour prolongé.
On dit...que quand la musique jouera Delorso, le barman du buffet vendra un liquide destiné à tuer le cafard.
On dit... que les tirs de mitrailleuses qui ont lieu actuellement sont des essais en vue d'une chasse aux rats qui pullulent sous les baraques.

Habitué du fumoir