Retranscription du Tuyau, numéro 4, page 1 (5 août 1915)

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Quedlinburg 5 août 1915. N°4

LE TUYAU

Organe indépendant des Prisonniers du 1er Camp.

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque 6.A

séparation

L'actualité: Mr Albert Thomas sous-secrétaire d'état à la guerre

Dans une lettre qu'on reproduite les feuilles allemandes, Mr Millerand, ministre de la guerre, demandait il y a quelques temps, au Président de la République, la nomination de Mr Albert Thomas comme sous-secrétaire de l'Etat à la guerre, département de l'artillerie et des munitions. La proposition ministérielle fut ratifiée par le chef de l'Etat, et Mr Thomas connu jusqu'à présent comme une des vedettes du parti socialiste est désormais chargé de diriger un des plus importants services de la défense nationale.
Apremière vue, la chose semble paradoxale et l'on peut se demander quelles sont les raisons qui ont pu faire choisir Mr Thomas pour un poste auquel ses études et ses occupations antérieures ne l'avaient pas préparé.
L'heure n'aurait pas été aussi grave que les gens non prévenus et connaissant mal la personnalité du nouveau sous-secrétaire d'Etat eussent pu se demander si, cette fois encore on avait bien mis, suivant la formule, "The right man in the right place" et si, là où un calculateur était nécessaire on n'avait pas choisi un maitre de danse. Je regrette de n'avoir pas conservé pour la publier ici dans son texte intégral la lettre de Me Millerand à Mr Raymond Poincarré. Elle donnait en effet dans un stylé précis et net, les raisons qui avaient décidé le gouvernement à confier à Me Albert Thomas les hautes fonctions dont je parlais plus haut. Mr Millerand disait en substance : Je propose de nommer Mr Thomas sous-secrétaire d'Etat à la guerre, et de lui confier la direction des services de l'artillerie et des munitions. Depuis le début de la guerre, il s'est occupé, à titre privé, d'organiser avec une compétence et un dévouement remarquables, la mobilisation méthodique des usines de France, les a transformés d'accord avec les directeurs, en fabriques d'armes et de munitions, et a réussi à leur faire rendre leur maximum de production. Nous voyons par là qu'avant d'avoir le titre, Mr Thomas avait déjà les fonctions et que le choix du Ministre est allé à un homme qui avait fait ses preuves et donné sa mesure.
J'ai pu m'entretenir ici avec un des amis de Mr Albert Thomas, un de ceux qui furent témoins de sa vie et l'ont suivi dans sa carrière, sans le perdre de vue depuis les bancs du lycée jusqu'à la haute mais difficile situation à laquelle le gouvernement vient de l'appeler. je n'ai pas laissé échapper l'incomparable occasion qui s'offrait à moi, j'ai provoque les confidences de l'ami de notre sous-secrétaire d'Etat à la guerre. Cet ami, qui est l'amabilité personnifiée, s'est laissé faire de bonne grâce, a bien voulu fouiller sa mémoire, rappeler ses souvenirs tandis que je prenais des notes: et cela me permet aujourd'hui d'offrir au lecteur du "Tuyau" une étude inédite et documentée sur Mr Albert Thomas. Quand nos lecteurs connaîtront l'homme en qui le gouvernement a mis sa confiance, ils verront que celle-ci ne pouvait être plus judicieusement placée et que cet important service de l'artillerie et des munitions, de la bonne marche duquel dépendent en partie les destinées de notre pays ne pouvait être remis en de mains plus dignes.
Mr Thomas appartient au peuple non seulement par ses convictions mais par ses origines. Il est né en 1878 à Champigny (Seine) d'une famille de petits commerçants. Son père fut