Retranscription du Tuyau, numéro 4, page 6 (5 août 1915)

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rivière de Quedlinburg et qui se développent de façon curieuse, ils acquièrent deux pattes semblables à celles des grenouilles, puis deux autres également symétriques et enfin perdent leur appendice caudal.
Mr Vacherot qui est comme chacun sait un érudit a cru voir dans et intéressant poisson une variété du genre Tétardus dont Pline l'ancien nous a tracé un tableau si célèbre et qui plus récemment a mérité l'honneur d'une communication de Mr Gaston Bonnier à l'Académie des sciences. Mr Vacherot serait heureux si son ami le professeur Calvet se rappelait par coeur le passage connu de l'auteur latin, sa mémoire personnelle fort affaiblie par la captivité lui ayant fait défaut très facheusement en la circonstance.
Aucun de ces poissons malgré une généreuse suralimentation ne s'est décidé à acquérir plus de quatres pattes. De nouveaux essais vont-être tentés. Je tiendrai les lecteurs du Tuyau au courant.
La Marchande d'écrevisses.

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Embrassons-nous, Folleville

Notre camp fut fort agité, la semaine dernière, par la faute de Mr Didier Durand, qui avait publié dans le Tuyau du 22 Juillet un article peu amène à l'égard des musiciens. Saisis d'indignation à la lecture de ce factum, ceix-ci se réunirent aussitôt et tinrent un conseil de guerre. La réunion fut houleuse et bruyante. Les violons brandissaient leurs archets comme des épées, la petite flûte poussait des cris de vierge épileptique, la trompette (en l'occurence le piston) lançait des appels guerriers tels que ceux qui jadis renversèrent les murailles de Jéricho, le trombone à coulisse et la coontrebasse faisaient entendre d'épouvantables rugissements. Seul le chef d'orchestre au flegme britannique conservait son calme et fait de l'autorité que lui donne sa baguette essayait de rétablir l'ordre. Les premières fureurs apaisées, on décidé d'en référer au Conseil administratif. Celui-ci se réunit donc pour délibérer. On parla beaucoup pour ne pas dire grand chose. Puis les jours passèrent sans amener la solution. Et l'on peut voir sur le boulevard après chaque répétition des groupes de musiciens qui discutaient violemment tandis que Mr D. Durand se promenait solitaire et inquiet.
Les esprits cependant semblaient sur le point de se calmer et l'on allait enterrer l'affaire, lorsque, à la suite d'une campagne rapide et active, les fortes têtes du Groupe Musical obtinrent dans l'après-midi du 27 Juillet que l'on répondrait à la critique de Mr Durand. Une lettre fut conçue et écrite en toute hâte, et celle-ci, faut-il le dire, ô honte, parut avec une faute d'orthographe. Le petit Mr Beuzelin (le distingué clarinettiste) se chargea de la remettre au bureau de la rédaction. Il partit d'un pas ferme, les yeux hors des orbites, les cheveux ébouriffés, l'air provoquant et semblant dire "Eh bien! nous allons voir un peu maintenant"
Que se passa-t-il au "Tuyau"? Je l'ignore. Mr Durand ne dut pas être satisfait. Par contre, j'imagine que ses collaborateurs, en particulier notre bon gros ami Liénard, ne fûrent pas fâchés de le voir fumer un peu. Car il "fuma"! Je n'en veux pour preuve que le ton même de sa réponse. Tudieu! Combien votre menue personne est sensible et chatouilleuse cher petit Mr Durand! Qu'il faut peu de chose pour la sortir de ses gonds! Tout doux, tout doux, jeune homme. La lettre des musiciens était amère, acerbe, tranchante. Mais ils s'en prenaient à vos articles et non à votre personne. Rien ne vous permettait donc de leur donner une leçon d'éducation dont ils n'ont je vous assure aucunement besoin. Et puis, vous n'êtes pas charitable. Vous ne l'avez pas laissé passer la malencontreuse faute d'orthographe ! Et pourtant je sais certains Chand du Départ (du verbe chander) qui avec les couplets qu'il a chanté forment un ensemble édifiant. Pauvre Vaugelas, que ce critique te veux donc du mal ! Allons, Cher Monsieur trêve de propos acrimonieux. Pardonne au groupe Musical sa lettre virulente, il vous pardonnera de son côté votre premier article et la petite "leçon d'éducation" que vous avez prétendue lui donner. Alors vous serez reçu avec plaisir dans le Temple des Musiciens et vos futurs articles seront accuiellis avec joie surtout s'ils sont aussi judicieux et d'une aussi belle tenue que le dernier.
Faisons la paix et réconcilions-nous.
Dodo-mimi Musicien du groupe