Retranscription du Tuyau, numéro 42, page 1 (22 juin 1916)

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22 Juin 1916 N°42

LE TUYAU

Organe indépendant des Prisonniers du Ier Camp.

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque 27.B

séparation

Image de Chez-Nous:
- Promenades en Seine -

Tandis que le vent pousse assez rapidement quelques petits nuages blancs dans le ciel comme pour les faire rivaliser de vitesse avec notre bateau, le soleil inonde de ses rayons joyeux le pays normand, jetant mille reflets argentés sur les eaux dormantes du fleuve, traversant les branchages et les feuilles naissantes des grands arbres séculaires pour venir émailler les rives vertes d'une multitude de taches disparates, tout enfin, annonce un joyeux réveil de la nature.

Cette journée de promenade en Seine, après une longue période de pluies et de giboulées, s'annonce belle; on entend au loin l'agréable tintement de cloches de villages appelant les fidèles, c'est Dimanche, et ces régions couvent toujours leurs vielles coutumes.

Bientôt une agglomération plus importante apparaît et attire notre attention, les formes se précisent, puis nous traversons le vieille cité normande des Andelys masquée en partie par une île recouverte de verdure touffue, tous les regards de fixent à droite vers le Petit-Andely. Au sommet d'une colline se découvrent les ruines moyenâgeuses du Château-Gaillard : vieilles tours, garnies de meurtrières, rustiques et massives quoique ébréchées, et une teinte jaunâtre semblable à celle du sol, elles semblent s'efforcer de conserver à nos yeux malgré les ans, leurs allures dominatrices; on sent qu'ici habitait autrefois le maître de la cité. C'est au ras du fleuve, un défilé de vieilles maisons normandes se faisant suite sans alignement, et aux formes si capricieuses, qui certaines semblent vouloir reporter le poids de leur vieillesse sur la voisine plus moderne; presque toute charpentées de bois, couvertes de petites tuiles ou de chaume, elles paraissent par leurs silhouettes hasardeuses, leurs coloris très variés aux notes gaies un coin fleuri au milieu des collines toutes vertes qui les entourent. Çà et là, quelques pêcheurs sont venus chercher l'isolement dans le creux des ravins ou près des massifs de verdure, ils semblent figés sur place, ne levant même pas les yeux à notre passage, aussi le profane qui n'a jamais rêvé au bord de l'eau en attendant patiemment que le goujon veuille bien se laisser prendre oseraient presque nous dire que ces braves gens n'ont pu résister aux accablantes chaleurs printanières et sont tout simplement endormis. Au bord de l'eau quelques barques sautent doucement lorsque nous arrivons à leur hauteur puis tirent sur leurs amarres comme pour essayer de prendre leur essor. De nombreuses crêtes se succèdent (illisible); des fissures de grands ravins même les découpent en de formes toujours nouvelles. Bientôt des villas modernes, séjour de nombreux Parisiens, apparaissent à droite, au milieu des grands arbres et des massifs de verdure fort heureusement respectés, le bois entre souvent dans la composition décorative de ces chalets ainsi que la vieille tuile se mariant fort heureusement avec la nature environnante, sous sommes à Andé. Le vieux village a conservé avec ses maisons basses son aspect d'antan, à part la grande route qui le relie par un pont à l'autre rive, point de rues, quelques chemins tortueux, aux ornières pénibles qui s'allongent çà et là, multipliant à l'infini les tournants et carrefours; les grandes haies mal taillées en bordure donnent à l'ensemble un aspect, un