Retranscription du Tuyau, numéro 42, page 5 (22 juin 1916)

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Nos confrères Les prisonniers du Camp d'Ohrdruf en Thuringe viennent d'être reportés dans trois autres camps. Du coup les deux journeaux qu'ils publiaient "Le Journal du Camp d'Ohrdruf" et le "Bulletin paroissial du camp d'Ohrdruf" ont cessé de paraître. Le paroissial de ces deux journaux a vécu a ou près exactement une année du 18 avril 1915 au 16 avril 1916. Le second a été fondé plus tard en mai 1915, mais il paraissait plus souvent, si bien que sa collection complète comprend quarante numéros tandis que celle de Journal n'en compte que trente quatre. En principe tous deux étaient hebdomadaire. Mais pour des raisons que j'ignore, ils ont du interrompre leur publication l'un du milieu de Juin à la fin d'Octobre, l'autre de Juin également jusqu'à la fin de Juillet. Le Bulletin était une feuille exclusivement religieuse. Le Journal traitait un peu tous les sujets. Nous en avons eu quelques exemplaires entre les mains. M.P. Trubert y parlait de la Thuringe et initiait ses camarades à l'histoire, aux coutumes, et aux légendes du pays où ils étaient internés. Le docteur Douay des hôpitaux de Paris y faisait des conférences savantes et pratiques à la foi. Sous le titre des "Pointes Sèches" paraissaient des portraits à clef que nous ne pouvons goûter autant qu'ils le mériterait sans doute faute d'en connaître les originaux. Enfin les poètes ne manquaient pas à Ohrdruf et nos lecteurs ont pu voir par le "Retour d'Allemagne" reproduit dans le "Tuyau" qu'il en était dans le nombre de forts spirituels. Le Journal était dans son ensemble d'une bonne tenue littéraire.

Le Glaneur

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Petites nouvelles du Monde des arts

Les tapisseries de Mr Morgan

Mr J.P. Morgan, vient de vendre, à un prix dépassant deux millions de dollars ce qui, au cours du dollar représente plus de douze millions de francs quarante tapisseries anciennes provenant des collections de son père feu Pierpont Morgan.

Cet ensemble comporte une magnifique tapisserie de la fin du quinzième siècle, tissée d'or et de soie, la tapisserie du XVIè siècle le "Calvaire" qui provenait de la vente Jean Dolfred. La "Ste Véronique" et les tapisseries gothiques du château de Knole, dans le comté du Kent, une admirable tapisserie dite du "Credo" provenant de France, trois tapisseries de Beauvais, a sujets tirés des comédies de Molière, d'après Audry, quatre tapisseries des Gobelins d'après Cappel, représentant les scènes de Don Quichotte, dans des encadrements à fond cramoisi, un panneau en forme de frise représentant le Christ en Croix entre la Vierge et St Jean, tissé dans un atelier français du XVIIIè siècle.

On prête à Mr J.P. Morgan l'interprétation de se défaire de toutes les collections de son père, les dollars n'ont donc pas fini de valser!

Le legs " Pierre Guyon"

Un de nos lecteurs ancien ami du député de la Seine Inférieure Pierre Guyon (le premier membre du parlement mort pour la patrie), nous apprend que ce dernier, avant de partir pour le front avait fait un testament par lequel en cas de décès, il léguait aux Musées Nationaux quelques unes des plus belles pièces de sa collection. M. Pierre Guyon était parait-il un amateur d'art convaincu très renseigné et très passionné pour le mouvement d'art nouveau. Parmi les œuvres portées sur le testament du député défunt, notre correspondant nous signale quelques aquarelles de Barge et une superbe toile de Ribot (La Ravaudeuse) qui devaient aller au Louvre; un dos de femme de Toulouse-Lautrec et La Guinguette de Von Gagh qui devaient aller au Luxembourg.

Ainsi se complète par un trait touchant la physionomie de ce jeune député qui comptait déjà de nombreuses sympathies au Camp de Quedlinburg parmi les électeurs de sa circonscription.