Retranscription du Tuyau, numéro 7, page 3 (26 août 1915)

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Notes Militaires
Ce que leurs yeux ont vu :

A la suite des Armées de la Marne (fin)
Extrait d'un carnet de route

Dimanche 13 septembre 1914 (suite)
Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi, étendu à plat ventre, dans le champ près de S... T.... car à la longue, la position aidant, j'ai fini comme beaucoup de mes camarades autour de moi, par m'emdormir. Lorsque je me réveille, l'heure est venue de marcher. Nous devons traverser la plaine qui s'étend devant nous, gagner là-bas dans les arbres, le village de T..., et enfin nous approcher du canal de la Marne à l'Aisne. Nous partons donc. Soit que l'artillerie ennemie nous ait mal repérée, soit qu'elle nous attende ailleurs, nous avançons d'abord sans difficulté. Mais à peine avons nous franchi la route qui coupe en deux le plaine, que les schrapnells commencent à tomber sur une section à notre droite. Ils ne font d'ailleurs pas grands dégâts. Quatre hommes seulement sont atteints. Encore les voit-on quelques instants après avoir été touchés se relever d'un seul bond, et sans s'être consultés, aller avec un ensemble comique se blottir derrière des meules de paille à proximité. Nous continuons d'avancer bien que la cannonade redouble.
Enfin nous sommes à l'extrémité de la plaine. Nous nous défilons derrière des haies, derrière des arbres, et après avoir longé une mare, nous arriverons au T... On passe le village, on s'abrite derrière les meules. Le commandant est là avec quelques chasseurs à cheval. Des obus tombent encore près de nous, deux hommes sont tués. Puis, tandis que le régiment continue sa marche en avant et essaie de franchir le canal de la Marne à l'Aisne, au pont de C..., notre compagnie prend sur la droite pour tenter de le passer beaucoup plus près de Reims.
Nous vivons alors quelques minutes émouvantes. Pour atteindre les talus du canal qui nous apparaissent là-bas, beaux comme la Terre promise, il nous faut traverser un vaste espace découvert que l'ennemi se met ne devoir d'arroser copieusement. Nous allons, en courant un à un. Les nuages blancs des shrapnells volent au dessus de nous, de plus en plus près, et l'on peut prévoir le moment prochain où la trajectoire de l'obus finira par rencontrer notre tête. Déjà un de nos camarades a été atteint à la cuisse par un éclat de fonte... Enfin nous sommes à l'abri. Après quelques minutes de repos, nous gagnons le pont du Canal, nous passons sans difficulté sur l'autre rive, nous nous engageons à gauche dans les bois qui couvrent le talus est, et nous revenons dans la direction de C... Les shrapnells recommencent à siffler de plus belle au dessus de nos têtes. Nous cheminons sous les arbres. Du haut du talus, nous voyons à notre droite, en bas, une ligne de chemin de fer (les lignes de chemins de fer suivent généralement les canaux, j'ai appris cela dans ma géographie, quand j'étais enfant) puis, plus loin une grande route, enfin une vaste plaine. La ligne est celle de Reims à Laon, et la route celle de Rethel, et la plaine qui se déroule devant nous le célèbre aérodrome de Bétheny.
Halte! Nous sommes sur le talus, en face d'un passage à niveau et d'une maisonnette de garde-barrière, il s'agit de franchir la ligne. Une section allemande avec une mitrailleuse postée dans des bois à quatre ou cinq cent mètres de là défend le passage. Nous entendons un tic tac régulier accompagné de sifflements. Nous descendons alors dans un champ entre le talus et la ligne. Nous nous abritons derrière de petites meules et notre fusillade finit par faire taire la mitrailleuse. Nous sommes maîtres de la place. Il est maintenant 7 heures. Le soleil a disparu là-bas derrière le T.... L'humidité du soir commence à se faire sentir.
La nuti venu, nous frnachissons la voie ferrée. Nous gagnons la route que nous apercevions tout à l'heure du haut du talus, nous prenons la direction du Nord. Nous passons devant une auberge qui sera célèbre dans l'histoire des combats sous Reims, l'auberge de l'Alouette, nous nous engageons dans un bois, le bois Soulens. Nos chefs se proposent de tâter l'ennemi, et s'ils ne rencontrent pas de résistance, de pousser jusqu'au Chateau de Brimont, qui s'élève là-bas au pied d'un des forts de Reims encore occupés par les Allemands. Les premières patrouilles sont à peine entrées dans le bois qu'une fusillade violente rententit. L'un des nôtres, un Alsacien que l'on a envoyé aux renseignements revient au bout de quelques instants avec des indications précises. Une compagnie ennemie est là en grand'garde près de la