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Retranscription du Tuyau, numéro 27, page 7 (13 janvier 1916)
Propos d'un prisonnier On vaccine...
La vaccination est une belle cérémonie. Elle se renouvelle plusieurs fois l'an. Tout le monde est invité, une tenue correcte n'est pas de rigueur, il est même recommandé de venir en négligé. Comme les exécutions capitales, elle n'est annoncé aux patients qu'à la dernière minute alors, de sur leurs paillasses si indolemment étendus, ils se laissaient aller à de douces rêveries, on voit se dresser hagards, les malheureux inscrits. A peine ont-ils le temps de se remettre, traqués et dirigés vers le lieu du sacrifice, ils y arrivent la tête encore pleine de souvenirs délicieux et oublieraient volontiers de se soumettre à leur identification. Massés en profondes colonnes des deux côtés du passage central, les regardes anxieusement tendus vers l'entrée, les victimes attendent, anxieuses, l'arrivée du cortège. Il se fait désirer mais il est imposant. D'abord viennent les chevaliers de la table en zinc. Puis, mi-soldats, mi-marchand de nougats, les aides portant les instruments de torture, enfin à quelque distance, ne portant rien, majestueux et solennels, les bourreaux, pardon, les docteurs. Avec l'habileté et la dextérité de prestidigitateurs, aides et sous-aides, le sourire aux lèvres disposent sur la petite table leurs curieux bibelots. Dans l'onde pure des bassins en métal, baignent de fines aiguilles, sur la toile blanche de gentes seringues étalent leur ventre rebondi, limpide en des fioles claires, repose le liquide bienfaisant. Ces messieurs se concertent, et la fête commence. Toute la troupe donne, la main d'oeuvre n'est point ménagée. Poitrine à l'air on passe successivement aux mains du badigeonneur, du perforateur, de l'inoculateur et de l'arracheur. D'aucunes les plus inquiets affectent des airs fanfarons et plastronnent contents lorsqu'ils peuvent trouver dans l'entourage des faces plus livides encore que la leur et dont ils se peuvent gausser. Ils s'étourdissent de paroles, échangent des propos grivois avec le barbouilleur. Généralement aimable, mais sous l'influence de l'iode, sans doute, ils rient jaune, et ne peuvent se défendre d'un léger frisson, où d'une significative grimace sous la morsure de l'aiguille pénétrante. Une goutte de sang perle quelquefois qui les fait pâlir davantage. Mais la douleur n'est jamais bien grande, et, fanfarons jusqu'au bout, c'est d'un air goguenard qu'ils frôlent en revenant la troupe des camarades qui guette encore la lancette. A la porte un contrôleur, que l'on dit être là pour la régularité de l'opération, a surtout pour mission de s'assurer que les invités ne dérobent rien, car ils s'en est trouvé de peu scrupuleux, qui, faute de petites cuillères, prétendaient emporter les aiguilles. Le soir, fiévreux et mal en point, quelques natures faibles essaient de reprendre sur leur paillasse, leur rêve interrompu. Passant qui côtoyez ce demi-cadavre, laissez en paix se reposer cette victime de la science: N'y touche pas, il est piqué! Géo
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