précédent

Voir le journal en version originale.

séparation

Retranscription du Tuyau, numéro 32, page 6 (2 mars 1916)

séparation

audience par le roi de Grèce. Ensuite, il fut présenté aux princes et princesses. Pendant son passage dans les rues de la ville, il a été à plusieurs reprises salués par des acclamations cordiales. A 1h15 eut lieu à l'ambassade française un dîner auquel assistaient plusieurs fonctionnaires de la cours quelques généraux grecs des officiers d'Etat-Major des employés du ministère, les représentants des puissances amies et d'autres hauts dignitaires. Puis le général Sarrail se rendit chez Skuludis. Enfin il rendit des visites aux anciens président du Conseil Vénizélos et Zaïmis.
Une autre dépêche Havas, d'Athènes cette fois dit à la même date "Toute la presse s'occupe de l'arrivée à Athènes du général Sarrail. Même les feuilles qui auparavant le critiquaient témoignent maintenant de la sympathie au brave chef de l'armée d'Orient. Seules les feuilles "Embros & Néon Asty" s'abstiennent de commentaires."
Le correspondant du "Journal" télégraphie de Salonique qu'il a interviewé Sarrail à la suite de son entrevue avec le roi de Grèce, le général s'est déclaré enchanté de l'accueil que lui avait fait le souverain.
H.Jacob

séparation

Il neige...

Le temps est gris, les nuages semblent peser sur l'horizon, les montagnes bordent la vue de leurs masses sombres par instant soufflent des rafales de vent. En cette calme fin de journée, voici que peu à peu des points blancs se mettent à volet dans l'espace, ce sont d'abord de petits flocons ténus et rares, bientôt plus rapprochés, ce sont maintenant comme des plumes qui tournoieraient drues et serrées.
Par terre il n'y avait au début qu'une imperceptible mousseline blanche que chaque pas déchenait, le tapis s'épaissit rapidement et semble envelopper le sol comme quelque moelleuse couverture. Tout est blanc à présent parmi les objets les plus proches que seuls nous apercevons encore, les autres sont voilés par ce rideau qui descend interminablement...
Au réveil, ce matin, la neige ne tombe plus, et dans la claire lumière qui se reflète partout, le camp à une physionomie étrange. Le sol est blanc dans toute la plaine, seuls les chemins déroulent leurs rubans marrons. Le vent soulève par instants une poussière blanche, il pousse la neige contre les obstacles formant de ci-de-là des monticules, il nettoie un côté de tous les objets qui se détachent dans cette clarté avec le relief prononcé que donne le reflet blanc jailli de la face où la neige est restée attachée. Les baraques sont encore plus noires sous leurs toits complètement blancs, les fils électriques alourdis semblent de grands rubans blancs qui s'infléchissant entre les poteaux et les fils barbelés paraissent porter quelque fantastique floraison blanche. Derrière, la montagne, et plus près la ville, ont l'air de se rapprocher et de se découper nettement en gris, noir et blanc dans la lumière qui fuse de partout.
Là-bas au bout du camp des prisonniers facétieux guettent les camarades qui, comme le veut la consigne, se lavent les mains, et pendant ce temps, des boules de neige viennent s'écraser sur leurs têtes, les victimes ripostent joyeusement et une escarmouche s'engage. D'autres arrivent, la lutte prend de l'extension, mais un Russe qui passait a été atteint lui aussi, il rassemble des camarades qui se liguent contre les Français, unis tous maintenant contre eux, et les alliés se combattent joyeusement à coup de boules de neige. La bataille gagne le camp d'à côté et les ennemis de tout à l'heure se réconcilient pour bombarder leurs voisins qui ripostent avec ardeur. Peu à peu d'un côté à l'autre des fils de fer, les combattants se rapprochent pour monter enfin à l'assaut, tandis que d'une baraque, un clairon sonne furieusement la charge.
Les assaillis résistent fermement sur leurs positions et seuls les fils barbelés empêchent ces ennemis acharnés d'en venir, dans une mêlée, au combat corps à corps.
Le soir descend lentement, le ciel devient peu à peu plus sombre et plus bas, mais comme s'il y avait un foyer de lumière dans toute cette blancheur le jour semble ne pas vouloir s'en aller, la neige recommence doucement à tomber, dans la plaine les corbeaux décrivent de grands cercles, et croassent tristement, plus personne dehors que les sentinelles dans le froid et la nuit qui vient...


précédent

Voir le journal en version originale.

séparation