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Retranscription du Tuyau, numéro 38, page 4 (27 Avril 1916)
Echos
Quelques uns de nos camarades blessés et faits prisonniers à Verdun viennent d'arriver au camp de Quedlinburg. Ce sont pour la plupart des jeunes gens de la classe 1915. Alertes, pleins d'entrain et d'ardeur, en dépit de leurs épreuves, expansifs (ce sont des Méridionaux) ils nous ont fait des confidences intéressantes et que nous ne voulons pas garder pour nous. Savez-vous, par exemple, quelles sont d'après eux, les plus grandes joies du "Poilu"? Les voici: En première ligne: Sentir que son secteur est plus calme que celui de son voisin. L'apparition des cuistots apportant la croûte, le pinard et la gnôle. L'apparition de l'agent de liaison porteur du courrier. Au cantonnement de seconde ligne: Epater les copains des autres compagnies et essayer de leur persuader qu'ils n'ont rien ou comparativement à vous. Dégoter un filon le jour où le bataillon est passé en revue par un général. Dans une petite ville de l'arrière-front Marcher sur de vrais trottoirs et s'arrêter aux devantures des boutiques. Se livrer aux joies de faire des courses en ville et d'acheter un tas de choses dont on n'a pas besoin. Demander à un embusqué ce qu'il pense de la guerre. A Paris - Etre pris pour un vrai poilu à son arrivée à la gare de l'Est. Coucher dans un lit avec des draps garnis de dentelle. Appuyer sur le bouton de l'ascenseur et se laisser monter. Aller se présenter à une marraine de guerre et découvrir qu'elle est jeune et jolie alors que les copains sont tombés sur de vieux tableaux.
Nous avons appris aussi que les embusqués, s'il en reste encore, bien qu'on leur donne la chasse, étaient moins que jamais en odeur de sainteté. Il existe à Paris un groupement de jeunes filles qui bien résolues à ne point épouser ceux qui préfèrent au feu des tranchées, l'ombre salutaire des bureaux ont signé la déclaration suivante: "Nous jeunes filles françaises, déclarons lâche envers la patrie tout jeune homme embusqué. En conséquence, nous nous engageons formellement à n'épouser sous aucun prétexte, un de ces embusqués. Tout prétendant à notre main aura à subir une enquête et les renseignements les plus précis seront exigés sur ses attributions pendant la guerre." Un groupement analogue existe en Bretagne. Empressons-nous d'ajouter que les prisonniers ne sont pas considérés comme des embusqués!
Les réceptions académiques, interrompues depuis la guerre, vont recommencer le mois prochain, Mr Henri de Régnier accueillera sous la coupole Mr de la Gorce qui succède à Thureau-Dangin, puis Mr Alfred Capus, élu en remplacement de Henri Poincaré, sera reçu par Mr Maurice Donnay, enfin Mr Bergson prendra séance en Mai et fera l'éloge de son prédécesseur Emile Ollivier, c'est Mr René Donnic qui lui répondra. Entre temps quand la situation militaire le permettra, le général Lyautey viendra prendre possession du fauteuil de Henry Houssaye, mais comme il en a été convenu, il se contentera de prononcer un court "remerciement" auquel répondra le marquis de Ségur.
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