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Retranscription du Tuyau, numéro 1, page 1 (13 juillet 1916)
Le n°10 Pfg N°1 2e Année 13 Juillet 1916
LE TUYAU
Organe intermittent des Prisonniers de Quedlinburg.
Rédacteur en Chef: J.Monjour
Rédaction Administration Baraque 27 B
Anniversaire
Par une coincidence qui n'est pas exclusivement due au hasard, le quatorze juillet, la plus grande, la plus lumineuse, la plus évocatrice des des dates de note histoire de France, se trouve appelée à faire époque dans les ternes et monotones annales de notre vie de prisonniers. L'Anniversaire fameux de la prise de la Bastille, se double cette année d'un autre anniversaire plus intime, plus familial, et disons le aussi, puisque nous ne pouvons oublier où nous sommes, beaucoup moins subversif. "Le Tuyau", notre vieux "Tuyau" - car un an, c'est un âge pour un journal, un journal de prisonniers surtout - entre aujourd'hui lui-même avec ce numéro dans la deuxième année de son existence! Tous ceux qui nous ont suivis de près, qui se sont intéressés à nos tentatives, ont été les témoins de nos tribulations et de nos avatars, se réjouissant avec nous de cet anniversaire. Il donne, à défaut de mieux une preuve de notre tenacité et de notre persévérance! Je connais trop l'amertume des projets déjoués, des espérances déçues, pour échafauder ici de nouveaux programmes et faire de nouvelles promesses, qu'il nous serait peut-être impossible de tenir. Je ne reviendrai point non plus sur le passé. La vie du "Tuyau" est intimement liée à notre captivité, ses évolutions et ses transformations en marquent les étapes, mais il est trop tôt encore pour ressusciter ces choses que nous voudrions voir si loin de nous. Plus tard, lorsque les années auront passé, dans les colonnes du "Tuyau" d'après guerre, nous exhumerons les vieux souvenirs de la captivité, ils auront alors une saveur que nous ne saurions leur trouver aujourd'hui. Avec le recul, les multiples et vives images qui défilent chaque jour devant nos yeux, prendront des teintes de vieilles estampes, les taches trop accentuées s'estomperont, et aux heures de spleen et de mélancolie, notre imagination se complaira dans l'évocation de ces scènes aujourd'hui familières, dans lesquelles évolueront les "vieilles amitiés" que la captivité avait fait naître et que la vie aura séparées... Mais ce sont là projets et besogne de demain! Pour l'instant, notre ambition est plus modeste: que le Tuyau vive, qu'il vive jusqu'au bout et nous n'en demandons pas davantage! Il suffit pour cela que tous ceux qui nous ont fait confiance et accordé leur sympathie nous restent fidèles et n'exigent pas de nous plus que nous ne pouvons leur donner. Nous leur demandons crédit, encore crédit, jusqu'au jour de "l'émancipation", l'échéance est peut-être lointaine, mais elle vient... et nous sommes gens solvables! J.Monjour
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