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Retranscription du Tuyau, numéro 1, page 2 (13 juillet 1916)

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Image de Chez-Nous:
Promenade en Seine (suite)

De plantureuses prairies longent le fleuve au sortir de St Adrien. Une ligne d'ombre se détachant en vert foncé au milieu des bouquets de bois, le renflement des moteurs, le bruit des voitures laissent deviner une route qui court au milieu de cette riante vallée, nous la distinguons bientôt par intervalles et l'herbe poussiéreuse qui l'avoisine nous avertit de l'intensité de la circulation. Au delà, les collines se succèdent coupées de vallons pitoresques, Bonsecours se découvre déjà, mais seul le clocher de la chapelle, précise la côte. De plus près la petite église élancée, quelques maisons, un monument (le monument de Jeanne d'Arc trop petit pour être détaillé de si loin) un tramway qui grimpe allègrement par un chemin d'écoliers vers le sommet sont autant de choses soulignant cette crête de pélerinage. Les pentes rapides sont couvertes de broussailles: on dirait que la nature s'applique à dissimuler ses admirateurs. Les silhouettes peuvent changer, mais on y retrouve toujours les mêmes rêveurs venus s'oublier dans la contemplation admirative du fleuve et de Rouen aperçus dans toute leur magnificence. Subissant le heurt des rochers, la Seine cherche péniblement sa route dans une direction incertaine et abandonne partout des îles au milieu de son lit. Voici Rouen dont nous n'apercevons que quelques tours et la flèche de la Cathédrale qui les domine toutes. Rouen la ville gothique si bien conservée.
la ville aux mille tours
La Reine de nous Tyrs et de nos Babylones
A ma couronne de colonnes
Que le soleil levant redore tous les jours.
De cette belle cité, nous voyons en effet peu de choses, à droite une vieille porte en pierre à l'aspect robuste quoique élégante (Porte Guillaume Lion, nom donné en souvenir de Guillaume de Normandie) sur laquelle s'appuient de vieilles bâtisses fatiguées, à notre gauche l'Ile Lacroix dont certains pâtés de maisons en bois sont tellement anciens et fondus ensemble que la destruction d'un seul pignon entrainerait le tout dans une chute inévitable. A l'extrémité de l'île, la silhouette en pierre du Grand Corneille s'estompe à travers les arbres. Ainsi l'auteur du Cid emplit toujours de son souvenir sa ville natale. A droite quelques rues étroites et tortueuses prennent naissance sur les quais et grimpent mystérieuses au milieu de vieilles maisons inclinées en avant, se resserrant toutes vers le sommet, bravant les lois de l'équilibre et surplombant la ruelle comme pour la protéger des rayons solaires. Quel dommage que nous ne puissions visiter dans tous ses détails cette superbe ville si riche en souvenirs artistiques! Plus près de nous, sur les ponts, dans les rues, la circulation est intense, la nacelle du transbordeur glisse sans arrêt d'une rive à l'autre. Cette traversée de plusieurs Kilomètres au milieu des bateaux, cachant en partie la ville moderne, des stocks imposants de marchandises répandues partout et les nombreuses cheminées d'usines à notre gauche, nous indiquent suffisamment qu'à côté de l'Ancienne Agglomération bien conservée, la grande ville industrielle et commerciale a su se créer une place de toute première importance. La Seine paraît donner davantage, de petits lacs de plomb entre les navires accentuent sa douce blancheur qui a fait dire à certain poète émerveillé par le paysage: la Seine semble toujours tachée des cendres de Jeanne d'Arc. Les bateaux s'égrenent sur les rives redevenues verdoyantes. Un petit village allongé dans une étroite vallée se découvre à droite au bord de l'eau, c'est la seconde patrie de Flaubert, ce hameau de Croisset où l'auteur de Madame Bovary travaillait dans une simple maisonnette entourée d'un bosquet. A quelques mètres de là, le fleuve vient mourir au milieu des fourrés à l'ombre des saules et des grands arbres. Croisset s'adosse à une pente rapide, verte, parsemée de pommiers, où courent en oblique quelques sentiers tortueux. Du sommet, la vue sur le fleuve et Rouen doit égaler en beauté celle de Bonsecours et la majestueuse forêt de Canteleu aux grands bois de sapins protégeant les tapis de mousse, se prête à l'isolement et à la rêverie. Les mamelons boisés se succèdent, sur l'autre rive les côteaux plus éloignés


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