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Retranscription du Tuyau, numéro 2, page 8 (3 août 1916)
Echos
Le Monde des Courses et la Guerre. Le temps qui passe ramène avec lui les anniversaires. Il a au deux ans, le 28 Juin, que s'est couru à son champ le dernier Grand-Prix. Le gagnant fut Sardanapale à M Maurice de Rostchild, qui battit d'une encolure son principal concurrent La Furina. Un évènement tragique vient assombrir cette solennité mondaine. A 2h 1/2, quelques instants avant la garde ?, le secrétaire de la société d'encouragement M. Romaneo, recevait de l'Ambassade d'Autriche, avec mission de la transmettre à l'ambassadeur, Comte de Sgcesen de ? la nouvelle téléphonique que le grand duc héritier d'Autriche avait été assassiné à Serajevo. Un mois après c'était la déclarations de guerre. Les Courses en France ne lui ont pas survécu. Un grand nombre de chevaux ont été pris par la remonte, au moment de la mobilisation. Les propriétaires d'écurie et les jockeys ont été appelés sous les drapeaux ou se sont spontanément engagés. Grâce à l'obliheance de notre ami Gustave, qui lui aussi est de la partie, nous sommes en mesure de fournir à nos lecteurs quelques renseignements sur les plus connus d'entre eux. Parmi les membres de la société d'encouragement le Comte de Saint Phalle a été blessé et décoré, le prince Murat, le Comte Rosderer, le Comte Le Marois, le Comte de Quincey, le Marquis de Ganey, le Comte de Carayon La Tour ont repris du service actif. Mr Janus Hennessy a été cité à l'ordre du jour le 18 Décembre dernier après la bataille de Champagne. Aucun des sportsmen que je viens de nommer n'avait moins de Cinquante ans! Parmi les propriétaires d'écurie ou habitués du turz, Jean Henneysy, frère de Janus et comme lui député, est au front depuis le début de la campagne, Gouttenaire de Toury, blessé grièvement dans l'est est amputé d'une jambe. Mr Romaner, le distingué secrétaire de la Société, a été blessé d'un éclat d'obus à Longuevale. Son frère Henri, magistrat, quarante-quatre ans, a été tué glorieusement à Vic-sur-Aisne, au moment où son capitaine, mortellement blessé, lui passait le commandement de sa compagnie. Les Jockeys ne se sont pas moins prodigues. Alex Carter, qui, après avoir pris part comme cavalier à la bataille de Brimont, était devenu sous-lieutenant d'infanterie, a été grièvement blessé dans les batailles de Belgique et est mort à l'hôpital le 23 Août 1914. Mort aussi Percy Wodland le jockey ? Le petit jockey, Armonde Pratt, le frère du célèbre Willy Pratt, a eu une fin atroce. Blessé grièvement à Gallipoli, les infirmiers venaient de le déposer à l'écart pour l'emmener à l'arrière quand un obus mit le feu aux herbes hautes, alors très sèches, parmi lesquelles il se trouvait. Le pauvre garçon périt affreusement carbonisé. Cyril Carter, le cousin d'Alex, est resté également sur le camp de bataille. Eleveurs ou jockeys, tous ont fait leur devoir et plus que leu devoir. Le Monde des Courses a son Livre d'Or et aussi son martyrologe! dont il peut être fier.
**** A l'Académie. Le grand évènement de l'actualité à l'Académie est avec les félicitations adressées par l'honorable corps aux défenseurs de Verdun et à leur chef, le général Néville, la réapparition sous la coupole de M.Anatole France. Anatole France qui, après avoir dans sa jeunesse beaucoup médit des Quarante, s'était résigné à prendre parmi eux la place qui revenait naturellement au plus pur styliste de notre époque, n'avait pas tardé à se brouiller avec ses collègues dont le tradionnalisme conservateur déplaisait à l'intransigeante ardeur de son zèle social. Et peu à peu il avait désappris le chemin du Palais Mazarin. Mais la guerre est venue, l'union sacrée s'est faite et les vieilles querelles ont été oubliées. Aussi par un beau jour de printemps, longeant ces quais dont il a su mieux que personne goûter et rendre le charme unique, et qui, avec leurs marchands d'estampes, leurs bouquinistes, et leurs antiquaires, furent plus encore que ses vrais maîtres, les éducateurs de son esprit, Anatole France s'en est allé à l'Académie. On l'y a beaucoup fêté.
*** La mort de M.Gaston Hervé. Hervé, le directeur de "la Victoire" (ancienne "Guerre sociale") vient de perdre son frère. M. Gaston Hervé, qui était Commandant d'artillerie Coloniale, a été tué à l'ennemi dans les premiers jours de la bataille de la Somme. Officier de carrière, il avait su se faire apprécier dans l'armée malgré le nom trop fameux qu'il portait. Très attaché d'ailleurs à son frère, il était convaincu qu'en cas de guerre défensive, celui-ci serait le premier à conseiller aux syndicalistes de faire leur devoir patriotiques. L'évènement lui a donné raison.
L'abondance des matières nous a obligés de reporter la publication du "Bottin" au prochain numéro.
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