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Retranscription du Tuyau, numéro 3, page 2 (24 août 1916)

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Images de Chez-Nous
Les Guinguettes

Tapies dans les bois ou se mirant dans la rivière, il est aux environs des villes des bâtisses aux volets clairs, dont la destinations de révèle au promeneur par une vague odeur de friture et le son grêle d'un piano-mécanique.
Quelques tonnelles recouvertes de feuillage, de petites tables coquettement servies sous de grands arbres invitent au repos et à de réconfortantes agapes les baladeurs qu'a affamés le grand air et les couples errants d'amoureux à qui ne suffit pas toujours l'eau claire. Glissant sur le gravier, la démarche légère, d'accortes servantes papillonnent, le rire aux lèvres, suivies, comme par des caniches, de gauches "extras", béats et lourdauds.
Désordonnée, exubérante, tapageuse, sévissant comme un cyclone, une bande de "dimanchards" s'engouffre sous un berceau qu'elle fait sien et qui retentit aussitôt du bruit de ses éclats.
Silencieux et rêveurs, la main dans la main, lentement s'avancent les jouvenceaux. D'instinct ils vont s'asseoir à une table lointaine. Ils se parlent peu et bas, mais leurs yeux se pénètrent, et un sourire demeure sur leurs lèvres pâles.
Des rires, des chants: en tenue légère, bronzés par le soleil, l'aviron sur l'épaule, des canotiers défilent avec leurs compagnes, les bras chargés de coussins. Dédaignant la tonnelle étouffante et respectueux de l'isolement des tourtereaux, ils s'installent à distance, au petit bonheur. Leur course matinale, l'entrain et la belle humeur leur tiennent lieu d'apéritif, leur sain appétit vient à bout des chairs les plus coriaces et leurs palais complaisant accueille avec bonne grâce les crûs renommés qui ne laissent pourtant pas quelquefois de râper le gosier.
Après le repas, qu'ont dignement couronné le café et les liqueurs, la bande des "Dimanchards", quelque peu rouge et échevelée, sort de son antre, et s'empare des accessoires qui font un des attraits du lieu: la balançoire et le jeu de tonneau. Les gentes ondines caquettent ou fredonnent de gais refrains auprès de leurs compagnons qui, étendus dans les chaises de rotin, font la sieste et, à travers la fumée de leurs pipes, considèrent d'un oeil amusé l'éphèbe efflanqué qui


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