précédent

Voir le journal en version originale.

séparation

Retranscription du Tuyau, numéro 3, page 3 (24 août 1916)

séparation

lutine sur la planche la petite cousine et les efforts des hôtes replets qui, en manches de chemises, l'oeil émerilloné, s'essaient à faire avaler la grenouille. Cependant ces dames s'éclipsent tour à tour.
Discrètement les jouvenceaux quittent leur table. Silencieux et rêveurs, la main dans la main, ils gravissent les quelques marches du perron et disparaissent. Un bruit sec de volets qu'on ferme. On loge à pied et à cheval.
Mais soudain un bruit de flonflons remplit l'espace et un pas entraînant de polka attire vers la salle de bal danseurs et danseuses. La petite cousine quitte l'escarpolette et s'envole, poursuivie par son galant cavalier. Les joueurs de tonneau qu'émoustille davantage la musique, esquissent des entrechats chancelants et braillent à tue-tête l'air connu que tonitrue l'orchestre.
Des communes environnantes arrive une foule endimanchée, des jeunesses tournoient sous l'oeil attentif des chaperons. Nulle contrainte cependant. Les jambes nues des canotiers ne choquent personne, à côté de couples rustres au pas lourd et malhabile glissent des virtuoses du boston et du tango et la petite villageoise montre son jupon blanc, passant indifféremment des bras noueux des gars de son pays aux bras frêles du citadin. Très familièrement on s'aborde, on se lie, on plaisante, on rit, on s'amuse. Il n'est pas de bourgeois gourmé, ni de matrone pudibonde pour jeter l'anathème. Les vieux mêmes se souviennent et sourient.
A cinq heures on se repaît de galette et de limonade. Puis, à la fraîche, les petites villageoises se tenant par la taille regagnent leur chaumière. La bande des dimanchards calmée mais toujours rouge - le jeune éphèbe pendu aux jupes de sa petite cousine - reprend le chemin de la gare. Canotiers et canotières rejoignent en chantant leurs frêles esquifs, et là-bas dans la prairie, silencieux et rêveurs, la main dans la main lentement les amoureux poursuivent leur Chimère.
Geo


précédent

Voir le journal en version originale.

séparation