![]() |
Voir le journal en version originale. |
![]() |
|---|
Retranscription du Tuyau, numéro 5, page 7 (12 octobre 1916)
Le dernier représentant de la grande école française du paysage, dans la dernière moitié du siècle dernier, le peintre Harpignies, vient de mourir. Né à Valenciennes en 1819, il avait conservé, on pourrait dire, une jeunesse éternelle, d'esprit et de talent. Il participait encore aux expositions et la critique ne signalait en lui aucun déclin. Ses oeuvres, d'une forte technique, étaient toujours empreintes de charme et de poésie. Comme aquarelliste aussi Harpigniers avait acquis une très grande réputation. Cette année encore en France, il n'y a pas eu d'ouverture de la chasse, mais des mesures ont été prises pour protéger les récoltes avec délivrance du permis de chasse. Dans certaines régions les battues sont autorisées. Les permissionnaires du front peuvent chasser sans permis. On annonce d'Amesterdam qu'un antiquaire de la Haye vient de retrouver en Angleterre un Rembrandt inconnu et authentique. L'ouvrage de 100 cent. sur 80 représente le vieillard Siméon avec la vierge et l'enfant. Il paraît dater des dernières années de l'artiste et figure dans la nomenclature des oeuvres qui se trouvaient dans son atelier quand il mourut. D'autre part, on a du s'occuper de nouveau de la célèbre ronde de nuit du Musée d'Amesterdam. Récemment le vernis de cette grande toile bleuit par places et s'obscurcit. Il fallut remédier au dommage. Mais voici que le problème de savoir s'il s'agit bien d'une ronde "de nuit" se réveille. En effet, au dévernissage, un col de lingerie d'un des personnages apparut d'une telle blancheur que les restaurateurs s'effrayèrent et se dépêchèrent de lui rendre son ton doré habituel. Car enfin, officiellement, il s'agit d'un effet nocturne et bien que la critique soit, sauf erreur, convaincue depuis longtemps que tel n'est pas le cas, et que l'oeuvre de Rembrandt n'eût de nocturne que la patine apportée par les siècles, il faut obéir au catalogue jusqu'à ce qu'enfin celui-ci ait été corrigé. A l'heure actuelle, même pacifique, la Hollande a autre chose à faire que de débaptiser un tableau illustre.
Autour de la Guerre
Le Fondateur de la Croix-Rouge Quelques semaines avant sa mort survenue en Juin 1910, Henry Dunant le fondateur de l'oeuvre admirable de la Croix Rouge qui vivait modestement dans un village suisse a été interviewé par le reporter d'un journal parisien. Les déclarations du grand apôtre de la pitié prennent à la lumière des évènements actuels une valeur particulière. Nos lecteurs les liront avec intérêt. Comment j'ai été appelé à fonder l'oeuvre de la Croix-Rouge me dit Henry Dunant, c'est bien simple. J'avais compris par la vue de l'affreuse détresse bien involontairement surprise à Solférino, la nécessité d'organiser les secours d'avance, avec le concours des populations, mais surtout avec la collaboration des chefs militaires. L'idée d'une enseigne, d'un labarum transportable placé devant les ambulances de tous les belligérants me hantait. C'était la neutralisation du blessé. Ce qui n'avait été jusqu'ici qu'un geste isolé, personnel, devait ainsi par la suite devenir une organisation rationnelle. C'est dans le salon de la comtesse Justine Verri que j'exposai mes idées pour la première fois et parlai de la possibilité d'une permanence des Comités de secours dans toutes les nations. Mon but était d'internationaliser la charité avec l'adoption d'un signe admis et reconnu de tous, une sorte de laborum, un étendard ou bien un écusson de bois ou de métal, aux armoiries pacifiques qu'on fixerait au sommet d'un petit mât et qu'on pourrait clouer ou attacher contre un arbre, un mur, une maison, un portail d'église... Cet emblême serait identique chez tous les peuples. Telle a été la première pensée née à Solferino et à Castiglione, de ce qui est devenue le drapeau blanc à Croix-Rouge, adopté par la conférence de Genève le 24 octobre 1863. Le soir où j'exposai mes idées dans les salons de la Comtesse Verri-Borronnée en présence de plusieurs dames de son monde, il s'en trouva une qui s'intéressa tout particulièrement à mon projet, c'était la Comtesse Julia Taverna, tante du grand général, elle essaya de gagner la presse qui se montrait hostile. Cette idée partout, était traitée d'utopie. La presse étrangère resta indifférente. Seul Paris s'émut et sa société mondaine qui, alors, donnait le ton à l'Europe, décida des adhésions illustres, qui, par la suite se multiplièrent. Mais ce que M.Dunant ne disait pas, c'est le zèle d'apôtre qu'il déploya. Il se prodigua en effet sans compter. Il était le messager de l'idée humanitaire, son courtier inlassable, son avocat éloquent. Il parlait, il agissait, il groupait. Cette oeuvre était devenue toute sa vie. Après 4 ans de
![]() |
Voir le journal en version originale. |
![]() |
|---|

