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Retranscription du Tuyau, numéro 6, page 5 (2 novembre 1916)
les Abbuzes, des jardins dans la banlieue de Rome, et une maison près du Capitole, - favori d'Auguste, - sa femme était l'amie de l'impératrice Livie, - il était pour sa situation mondaine autant que pour son talent l'écrivain de plus en vue de la capitale, lorsqu'en l'an 9 de notre ère, un décret impérial l'arracha aux délices de Rome et l'exila sur les côtes de la Sarmatie, à Tomes, près des bouches du Danube, aux limites de l'empire. On ne sait pas exactement quelles furent les causes de cette disgrâce, mais ce ce que l'on sait, c'est qu'elle toucha vivement le poète. Il avait cinquante-deux ans, un âge où l'on se fait avec peine à une vie nouvelle, surtout quand c'est celle d'exil, il aimait le monde et avait l'esprit trop frivole pour se plaire dans la solitude, enfin il avait connu la gloire, et c'est, de toutes les ivresses, celle à laquelle on renonce le moins facilement. Il partit donc de Rome, désespéré. Le voyage fut horrible, chacun des coups d'aviron qui éloignaient son vaisseau de l'Italie lui retentissait jusqu'à l'âme. Mais plus horrible encore fut l'arrivée en un pays lointain, froid et sauvage, où par une ironie du sort, le mondain raffiné qu'il était passa pour un barbare, parce qu'il ne pouvait se faire entendre des habitants. Barbarus hic ego sum, quia non intelliger illis (Le Barbare ici c'est moi, parce que je ne puis me faire comprendre d'eux) devait-il dire plus tard. Aussi le pauvre Ovide fut-il long à accepter son sort. Il écrivit à Rome, épîtres sur épîtres, s'adressant infatigablement, sans dignité et sans retenue, aux amis qu'il y avait laissés et qui ne voulaient plus le connaître depuis qu'il était malheureux, à sa femme qui se préoccupait avant tout de sauver pour elle même auprès de Livie les restes de son crédit, à l'Empereur qui restait inflexible. Puis il se lassa, et l'oubli se fit sur son nom. Il mourut à l'âge de 60 ans, après avoir occupé les dernières années de sa vie à réunir en volumes les épîtres qu'il avait adressées à Rome et qui formèrent le recueil des Pontiques, ainsi que les élégies que lui avait suggérées son malheur. (Tristes) Si l'on en croit ses confidences, il aurait même appris la langue gétique, et composé en cet idiome - tant est fort le démon de la poésie - des vers qui lui valurent l'estime de ceux dont il était devenu par force le compatriote. Ces souvenirs me sont revenus en mémoire lorsque j'ai lu dans les journaux qu'à la suite des opérations de Mackensen dans la Dabroudja, les troupes russo-roumaines se retiraient sur la ligne Cernavoda-Constanza. Constanza, qui se pique d'avoir de lointaines origines, veut avoir été la "Tomes" où mourut Ovide, et la statue du poète se dresse sur une de ses places publiques. Sans doute l'auteur des Pontiques eut-il été flatté de cet hommage posthume. Mais quelle n'eût pas été aussi sa surprise joyeuse s'il avait appris qu'un jour viendrait où le latin ne serait plus chez les Grecs une langue "barbare"?"
Dans l'armée française: le béret Le béret cher aux Basques et aux troupes alpines fit sa première apparition dans l'armée en 1888. Il est d'origine béarnaise. Au 17e siècle le béret complétait en Espagne la tenue des "Sonnatens mignones", soldats d'infanterie de montagne qui se recrutaient en Catalogne, en Aragon et en Navarre. En 1744 Louis XV prescrivit l'organisation d'un régiment de fusiliers de montagne dont l'uniforme et l'équipement étaient imités des "mignones", mais au béret les autorités préférèrent le chapeau tricorne. il faut dire d'ailleurs que la coiffure basque paraissait peu militaire parceque dès le 10e siècle les clercs de l'église portaient le béret pour se préserver la tête des piqûres de mouches.
Dans l'armée française. Bleus et Bleuets "Bleuet" vient de "bleu" mais d'où vient "bleu"? Le mot, nous dit-on, est né sous la Révolution. Jusqu'en 1793 en effet, les soldats portèrent l'habit blanc dont la couleur avait été choisie par le ministre de la guerre Louvois lorsqu'il établit un uniforme général pour toute l'armée française. L'habit blanc ne tarda pas à être suspect aux révolutionnaires: il était celui de l'Ancien Régime. Sous peine de mort on interdit donc de le porter. En même temps on décréta que les troupes devraient porter un habit bleu à parements et à épaulettes rouges. Ce nouvel uniforme attira à ceux qui l'avaient revêtue les lazzi des anciens soldats. Ils appelèrent "bleus" les gommes qu'on avait ainsi habillés. Comme ces hommes étaient des recrues, le mot désigna par la suite tout nouveau soldat.
A propos de "Combles": Le bourg de Combles dont les troupes franco-anglaises se sont emparées au cour de la dernière quinzaine est le premier chef-lieu de canton reconquis par l'offensive des Alliés en Picardie. C'est un gros village de près de 1400 habitants situé à 12 Kilomètres au Nord-Ouest de Péronne, son chef-lieu d'arrondissement et à 40 Kilomètres à l'est d'Amiens son chef-lieu de département. Par une curieuse ironie, Combles, dont l'étymologie en langue romane signifie un lieu "comble" ou ?, étage ses maisons à l'est sur le versant d'une colline appelée "la Montagne" qui va à Marenpas, et à l'ouest sur les contreforts d'une croupe qui part de Guillemont et au pied de laquelle passe un petit chemin de fer économique - "le tacot" en langage du pays - qui relie Combles à Péronne et à Albert. La rivière de Combles, désséchées aujourd'hui, n'est plus qu'un fossé qui reçoit les eaux trop abondantes des jours d'orage et les neiges fondues de l'hiver. Une nappe d'eau dans la craie et l'argile alimente les puits de Combles, pourvoit abondamment aux besoins d'une population qui, avant la guerre, avait décru depuis un certain temps, mais qui paraissait devoir se relever par suite des transformations de l'industrie locale. Combles, en effet, possédait des fabriques de tissus qui retenaient la main d'oeuvre du pays et lui assuraient des salaires suffisants. D'autre part de grandes et importantes fermes, des commerces divers, une caisse d'épargne florissante, des sociétés locales contribuaient à faire de ce gros village un centre de vie rurale très actif. Combles fut occupée en 1870 par les troupes du général Monteuffel. Au cours de la guerre actuelle l'ennemi y est entré deux fois, le 27 Août 1917, et le 23 Septembre 1914. Il devait y rester exactement deux ans.
Le Mot de la fin On réforme le Xe d'infanterie
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