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Retranscription du Tuyau, numéro 7, page 2 (30 novembre 1916)

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Pour nos Morts
Le Monument du Souvenir

Spécialement chargé par l'Administration du "Tuyau" de représenter les abonnés des Kommandos, je faisais partie du groupe de prisonniers qui est allé le 2 Novembre dernier, s'incliner devant les tombes des camarades décédés en captivité.
La cérémonie, dont nos lecteurs ont pu trouver le compte-rendu dans le dernier N° du journal a produit, sans aucun doute, une impression profonde sur tous les assistants; mais j'ai cru cependant remarquer que les regards de mes plus proches voisins erraient de tombe en tombe sans qu'aucun de ces petits tertres sertis de lierre ne parvienne à fixer leur attention; bientôt même quelques têtes se tournèrent machinalement vers le superbe panorama que nous offrait la chaîne du Harz! La froide nudité de ce champ de repos soigneusement ratissé, l'alignement rigoureux de ces tombes et des petites croix de bois faisaient fuir ces regards...
ils n'avaient pas trouvé le Bloc de pierre qui, dans tous les temps, a été érigé sur tout coin de terre abritant des dépouilles humaines.
Aussi, lorsque l'aigre bise qui soufflait là-haut eut emporté - dans la direction du camp - les dernières notes de la maîtrise, je ne fus nullement surpris d'entendre poser, dans la plupart des groupes, cette question qui me venait d'ailleurs également aux lèvres: "Pourquoi n'avons nous pas encore élevé de monument à nos Morts?"
Pourquoi cet hommage a-t-il été refusé jusqu'ici à nos malheureux camarades décédés loin des leurs et ensevelis dans la terre d'exil? A Merseburg, où j'ai été interné, une souscription a été ouverte en Décembre 1914 et un monument érigé au début de 1915. Deux ont été élevés à Gardelegen, l'un au cimetière de la ville, l'autre à celui du camp. Altengrabow, Salzwedel, Stendal ont aussi songé à leurs Morts. Seul, Quedlinburg, ce camp où tant d'initiatives heureuses ont cependant déjà été prises, aurait oublié ceux que la Canarde est venue brutalement lui arracher? Je ne pouvais croire à un pareil sacrilège et, de retour à la rédaction du "Tuyau", je suis allé aux renseignements.
J'ai appris qu'autrefois, l'année dernière, quelques camarades avaient déjà eu la pieuse pensée d'ériger un monument au cimetière de la ville, mais ils ne purent réaliser leur projet, ils se sont heurtés, m'a-t-on dit, à un obstacle insurmontable dont je n'ai pu parvenir, malgré mes recherches, à connaître la nature exacte.
J'aime à croire que la question des dépenses à engager n'a pas été la cause de cet échec, car, bien qu'interné au camp depuis 8 mois seulement, j'ai pu me rendre compte de l'inlassable générosité de mes camarades, les souscriptions dont le produit devait être destiné à aider ceux d'entre nous que la fortune n'a pas favorisés, ont toujours eu le plus brillant succès, l'argent aurait afflué aussi vite à la Caisse destinée à couvrir les frais d'érection d'un mausolée.
Je ne pense pas non plus que l'obstacle soit venu des autorités allemandes qui, j'en suis persuadé (1), sont prêtes à seconder toutes les initiatives de ce genre, ne les ont-elles pas, dans les autres camps, autorisées et même encouragées?
J'ai fait d'autres hypothèses encore, aucune ne tient et surtout aucune ne doit tenir devant notre volonté d'arriver au noble but que nous nous proposons. Nous avons un devoir sacré à remplir, nous n'y faiblirons pas! Il faut que nous agissions sans délia; peut-être nous a-t-on déjà accusés d'oublier nos Morts!
Il faut que d'ici quelques jours une demande soit déposée entre les mains des autorités de ce camp et que, sitôt l'autorisation obtenue, un Comité soit formé. Et à ceux de nos camarades qui feront partie de ce Comité incombera l'obligation de ne ménager ni leur travail ni leurs démarches pour triompher des difficultés qu'ils pourront rencontrer. Ils auront, d'ailleurs, une bonne fortune que n'ont pas eu, peut-être ceux qui, l'année dernière, ont vu échouer leur projet, celle de trouver dans une des Compagnie le sculpteur de l'un des monuments de Gardelegen. M.Poirier et l'un de ses auxiliaires, M.Courty, qui, par une heureuse coincidence, viennent d'être affectés à notre Camp.
Au premier appel de ce Comité répondront en masse tous nos camarades, ceux du Camp comme ceux des Kommandos qui ont, eux aussi leurs Morts. Nous avons déjà la volonté de réussir, nous aurons quand nous voudrons tout l'argent nécessaire.
Nous ne devons pas quitter Quedlinburg sans laisser derrière nous l'impérissable Monument du Souvenir, c'est un hommage que nous devons à nos Morts et ce sera aussi une consolation pour ceux qui les pleurent.
A.Rolland
(1) Voir Leutnant d.R.Risse - Les camps de prisonniers de guerre dans le IVe Corps d'Armée (Carl Marhold, édit. Haale s/Saale), page 18

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