précédent

Voir le journal en version originale.

séparation

Retranscription du Tuyau, numéro 7, page 3 (30 novembre 1916)

séparation

Echos

A propos de Chaulnes: Mr de Sévigné et l'abbé Lhomond
La ville de Chaulnes au Nord de laquelle nos troupes ont récemment livré combat, rappelle aux lettrés le souvenir de Madame de Sévigné. L'aimable marquise était en effet l'amie de la duchesse de Chaulnes dont le mari possédait, près de Chaulnes même, un château et un parc que les obus sont vraisemblablement en train d'abîmer quelque peu. Les deux femmes étaient intimes. On se voyait à Paris, on allait ensemble en Picardie chercher l'ombre et le repos sous les charmilles du duc, de là quand les rhumatismes travaillaient la marquise, on gagnait Bourbon où l'on prenait les eaux. Enfin on se retrouvait en Bretagne. Mme de Sévigné y avait une propriété, les Rochers. Le dic, lui, était gouverneur de la province. Or, soit qu'il séjournât à Rennes, soit qu'il présidât à Vitré ou à Dinan la réunion des Etats, le premier soin de Mr de Chaulnes était d'appeler son amie après d'elle. En son honneur elle donnait des soupers si fastueux qu'il fallut un jour remporter les plats de côtes tout entiers, des bals où la moqueuse Sévigné s'apercevait avec surprise qu'un gentilhomme breton peut danser le menust mieux qu'homme de la cour, des représentations théâtrales assez réussies malgré l'insuffisance des acteurs et la difficulté des pièces. (Ne joua-t-on pas le Tartuffe à Vitré en Août 1671) En revanche Madame de Sévigné recevait aux Rochers le ménage ami. Et quant ils venaient, elle voulait que sa propriété fut belle pour les accueillir. On sarclait les allées, on taillait les pelouses, au besoin on réquisitionnait pour ces besognes les paysans que l'on arrachait à leurs travaux habituels comme en ce jour fameux où la marquise les employa à nettoyer son parc tandis qu'elle allait avec ses domestiques faire les foins à leur place. Ce qui nous a valu une lettre charmante sur la fenaison.
Souvenirs d'un bien lointain passé! Quel n'eut pas été l'émoi de Mme de Sévigné si se promenant dans les allées du château de Chaulnes, elle avait prévu que des obus y tomberaient un jour! Et aussi, elle qui avait pleuré si sincèrement le petit de Longueville et les jeunes nobles tués au passage du Rhin, qu'elle n'eût pas été sa tristesse, si elle avait pu penser qu'un temps viendrait où pendant deux ans et plus le meilleur sang de France coulerait sans interruption!
Chalnes intéresse aussi à un autre titre l'histoire littéraire. L'abbé Lhomond, connu des humanistes, y naquit en 1727. D'abord principal au collège d'Inville, puis professeur au collège du Cardinal Lemoine à Paris, il ne voulut de sa vie par modestie autant que par goût, accepter d'autre classe que la sixième. Il adorait les enfants, et composa à leur usage une série de petits volumes qui sont restés les modèles du genre, une grammaire latine d'une lumineuse simplicité, l'Epitome Listoire sacrae et le De Viris Illustribus Urbis Romae, qui dans une langue élégante et facile mettaient à la portée des débutants les principaux récits de la Bible et les grandes scènes de l'Histoire romaine, un abrégé de grammaire française, sans parler d'ouvrages moraux et religieux. Très aimé de ses élèves il dut son salut pendant la Révolution à l'attachement qu'il avait su leur inspirer. Ce fut l'un d'eux Tattun qui le tira de la prison où il avait été jeté comme prêtre réfractaire. Lhomond consacra les derniers temps de sa vie à la botanique qui avait toujours été son étude de prédilection. Il fut dans cette science le maître de l'abbé Hamy qui lui aussi devait plus tard se faire un nom en organisant en France l'enseignement des aveugles.
Lhomond mourut le 31 Septembre 1794 à l'âge de soixante sept ans. Il laissait une réputation de bonté et de science à laquelle, en ce temps d'Union Sacrée, un de ses lointains successeurs laïques est très heureux de pouvoir rendre hommage.

Echos de France
Dans une ambulance de l'arrière-front, une jeune et jolie visiteuse se présente à l'infirmière-Major et lui demande l'autorisation de se rendre au chevet du lieutenant X...
- Avec plaisir, Madame, mais voulez-vous me dire quel est votre degré de parenté avec le lieutenant X... car seules les personnes de la famille ont le droit d'entrer.
- Mais, je suis sa soeur, Madame.
- Dans ce cas, répondit la Major, je suis ravie de faire votre connaissance, car je suis sa Mère.
Et la jolie visiteuse de rougir jusqu'à la racine des cheveux, mais ce que la Major refusait, la Mère l'accorda.
- Allons, dit-elle, je vous autorise pour cette fois, mais n'y revenez pas, et supposons aujourd'hui que vous êtes sa cousine ou sa marraine.

Dans l'armée anglaise
A l'encontre de nos régiments que l'on se borne généralement à désigner par leurs numéros d'ordre, ou par des surnoms collectifs

précédent

Voir le journal en version originale.

séparation