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Retranscription du Tuyau, numéro 22, page 7 (9 décembre 1915)

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Le Talisman
Nouvelle

Le monde est vieux et j'étais jeune. Le monde me disait que mon coeur, sans calculer ni réfléchir, choisirait pour moi la compagne de ma vie. Je ne le croyais pas, car j'étais jeune, si le monde était vieux. Comme je n'avais d'autres biens que ma jeunesse et mon instruction, quand je songeais au mariage, j'imaginais ma fiancée belle, distinguée et riche. Tandis que je m'abandonnais à mes rêves, je devins l'esclave de deux yeux sombres, brillants comme de noirs charbons, de deux lèvres pareilles à des cerises vermeilles, et de deux fossettes que creusait le moindre sourire. Ces yeux, ces lèvres et ces fossettes appartenaient à une toute jeune enfant. Ce n'était qu'une humble paysanne, mais elle était infiniment riche. Car elle était riche de toute sa beauté, et elle avait cette distinction que donne la simplicité du coeur. Captivé par sa grâce naïve, j'étais heureux quand je le rencontrais dans la prairie près du village. La prairie s'étendait au bord d'une rivière qui coulait le long d'une forêt. Derrière la rivière, près de la forêt, des champs de blé montaient les pentes d'une colline. Au loin les montagnes des Balkans émergeaient d'une brume bleuâtre. Quand les rayons de l'aurore se répondaient à travers ce divin paysage, un mince brouillard semblait flotter sur les eaux, et les pierres, même les plus unies étincelaient de mille feux dans la rosée. Une fraîcheur vivifiante montait de la rivière dont les berges étaient fleuries de trèfles rouges. Les fourmis verdâtres se hâtaient, ça et là, affairées. L'alouette au cri inquiet s'élevait droit dans l'air azuré, la caille se blottissait dans l'herbe haute, pinsons et hochequeues fuyaient, effarouchés par le vol des perdrix. Les fauvettes cendrées sautillaient de branche en branche et la bécasse prenait plaisir à se mirer dans le eaux. De la prairie en fleurs s'exhalait un parfum enivrant, frais et sain comme la respiration de la jeunesse. Au loin on entendait un long murmure de pigeons roucoulants. Tout respirait l'amour. Le rossignol chantait sa chanson et le jeune berger jouait de la flûte en l'honneur de sa belle. C'est dans ce lieu où tout n'était que beauté, harmonie et parfums, que je rencontrais pour la première fois la jeune Lola, que j'eus le plaisir de lui parler et de cheminer à ses côtés dans l'herbe verte. Aussi, par la suite, même quand je n'avais pas de raison d'aller au village, trouvais-je toujours un prétexte pour le faire. Un inexplicable pressentiment m'entraînait vers cette prairie et m'avertissait que je pourrais l'y voir, échanger avec elle un propos ou un regard. Et dire que j'avais rêvé d'une fiancée riche et distinguée.
Malgré tout, j'y songeais toujours sérieusement, à épouser une fille riche et distinguée, lorsqu'une fois encore je rencontrai Lola. Elle allait au village. Je me mis à marcher auprès d'elle et nous commençâmes à causer. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, jamais les arbres n'avaient répandu d'odeur plus exquises. On eut dit que la nature célébrait une fête, et tout la personne de cette belle enfant respirait la joie des jours de fête. Jamais elle ne m'avait parue plus charmante, plus aimable ni plus gracieuse. Quand je la regardais je me demandais à moi-même, vaincu par tant de charme "Pourquoi Dieu permet-il


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