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Retranscription du Tuyau, numéro 22, page 8 (9 décembre 1915)

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qu'en présence d'une telle beauté, nous recherchions encore les honneurs et l'argent? Tandis que m'attachai à cette idée, Lola se baissa et cueillit une plante.
- "Que tiens-tu là, lui dis-je?
Un brin de trèfle. Je croyais qu'il avait quatre feuilles. C'eût été un talisman, et voilà pourquoi je l'ai cueillit. Mais je me suis trompé, il n'a que trois feuilles.
A peine eut-elle dit ces mots, qu'elle se prit à rougir
"Et à quoi te servirait un pareil talisman"?
- "A découvrir un trésor."
"Le trèfle à quatre feuilles permet-il donc de découvrir des trésors?"
"Oui, et aussi de pénétrer à travers les portes fermées.
ET dans les coeurs fermés, nous donne-t-il aussi le moyen d'y entrer chère petite?" lui dis-je Mais elle ne me répondit pas.
Comme si cette question l'eût couverte de honte, elle rougit à nouveau et baissa les yeux d'un air si humble et si confus que je me reprochais mes paroles.
Nous poursuivîmes notre route. Lola baissait toujours les yeux. Elle parlait à peine et n'osait me regarder. Ses regards se fixaient si obstinément au sol, qu'on eût dit qu'elle cherchait un trou pour s'y cacher, elle et son embarras.
Une fois encore, elle s'arrêta comme si elle eût pris racine en terre. Elle se pencha, cueillit une herbe, puis se releva. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les fleurs embaumaient. Mais quand Lola se redressa, elle m'apparut plus radieuse que le soleil, plus douce que les oiseaux, plus charmante que les fleurs. Une rougeur couvrait son visage, et un soupir de soulagement s'échappa de sa poitrine. Timide, elle me chuchota "Cette fois, je l'ai trouvé, je crois, le talisman." Et ce disant elle me montrait un brin de trèfle avec les trois feuilles habituelles, et une quatrième à peine plus grande que la fossette de ses joues. L'enfant me regarda d'un air victorieux. Puis elle fixa la plante sur ma poitrine tout près de mon coeur.
Je me rappelais alors ce que je lui avais dit "Le talisman peut-il ouvrir un coeur fermé?" Et je regardais Lola. Elle pleurait, et je vis qu'elle pleurait de joie. Son amour pour moi qui avait si soudainement fleuri, resplendissait dans ses yeux, dans ses larmes, dans toute sa personne, et il trouvait en mon âme, un écho sonore.
Qu'elle était loin alors la fiancée riche et distinguée de mes rêves! Je priais Lola d'être mienne.
J'ai tenu ma parole, et Lola est maintenant ma femme. Nous sommes mariés et vivons heureux l'un près de l'autre. Il n'y a point de tâche sur notre soleil, ni de serpent dans notre paradis. Je ne pense plus jamais à la femme riche et distinguée que j'eusse voulu avoir, et Lola ne cherche plus l'herbe qui permet de découvrir les trésors. EN toutes choses nous sommes d'accord sauf en une seule. Elle est convaincue que le trèfle lui a ouvert mon coeur, et moi je dis que ce sont ses yeux, ses larmes et son amour.
Je suis jeune et le monde est plus vieux que jamais. Mais je crois maintenant comme lui que le coeur peut sans longs calculs nous désigner la compagne de notre vie.
Je crois aussi que le coeur a raison de ne pas trop consulter la raison. Ma je ne sais pas si le monde serait d'accord avec moi là-dessus. J'en doute même fort. C'est que nous sommes si loin, l'un de l'autre.
Il est si vieux et je suis encore si jeune!
D'après Mr Geschow
Ancien président du Conseil Bulgare.


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