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Retranscription du Tuyau, numéro 23, page 2 (16 décembre 1915)

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d'un pli méditatif les bras croisés sur la poitrine, et le menton dans la main gauche (tel le général Cromwell est représenté par le peintre, debout sur cette colline écossaise qui vit la chute de Charles 1er)
Et il disait:
C'est raté... Il fallait jouer par la bande.
Ou encore. Trop fort nom d'un chien! Trop fort!
L'élève stratège, en même temps que ceux de l'école de billard, suivait les cours de l'école de manille. C'est lui qui placé derrière le joueur le plus sympathique, l'encourageait de la voix et du geste.
Si vous ne faites pas cinq plis avec ce jeu-là! Allons bon! vous vous êtes encore fait prendre votre manillon sec...
Il fallait jouer cour... généralement, l'élève stratège poursuivait en temps de paix sa carrière comme critique sportif.
A l'arrivée du communiqué d'Auteuil ou de Longchamp, avec les résultats complets, c'est lui qui expliquait les causes de la victoire de Sardanapale et de la défaite de La Fanna (avec d'autant plus de compétence, qu'il n'avait rien vu de la bataille étant rentré assis derrière un bock) il expliquait comment Stern était venu trop tard, comment Sharpe s'était fait enfermer à la corde, et comment les choses se passeraient la prochaine fois, à condition qu'elles se passent régulièrement, c'est-à-dire conformément à ses prévisions... Cet apprentissage de la stratégie, n'allait pas même en temps de paix sans quelques risques glorieux. Il arrivait que l'élève stratège s'approchant trop près du théâtre des opérations recevait en plein estomac, le choc en retour de la queue de billard et se voyait couper du même coup sa consultation et sa respiration. Il arrivait même, qu'un manilleur aigri par la guigne, envoyait un poing rapide dans l'oeil de l'élève stratège et le contraignait à se replier derrière une pile de soucoupes.
Il arrivait même quelquefois qu'un admirateur de Stern lui disait: Allez donc le montez, vous, Sardanapale puisque vous êtes si malin! Mais le stratège ne se démontait pas pour si peu et il se contentait de faire remarquer qu'il ne savait ni monter à cheval, ni jouer au billard!
Afin d'exercer lucrativement sa profession en temps de guerre, le stratège de café doit posséder un certain nombre de connaissances.
1° Un peu d'arithmétique élémentaire, à seule fin de savoir combien il reste d'ennemis, lorsque sur un effectif de 100 000 hommes il en a capturé 50 000.
2° Un peu d'histoire à seule fin de pouvoir dire que Jules César n'aurait pas manoeuvré de cette façon-là et qu'il n'aurait pas entamé l'offensive sans avoir des munitions suffisantes pour son artillerie.
3° Un stock de vérités premières, telles que celles-ci:
Pour gagne une bataille, l'essentiel c'est d'être le plus fort. Une armée qui bat en retraite cesse aussitôt de gagner du terrain. Une armée démoralisée est à demi-vaincue. Couper et envelopper, tout est là. La véritable formule de la guerre consiste à remporter le maximum de résultats avec le minimum de pertes. Les stratèges de café disposent naturellement de tous les pyrogènes de l'établissement, afin de figurer la seconde ligne de tranchées ou la chaîne des Balkans. Il mobilisa toutes les allumettes qui représentent les effectifs engagés. Le Bottin qu'il transforme en forteresse assiégée. Il a droit jusqu'au succès final de ses opérations stratégiques à un nombre illimité de consommations gratuites, car le patron du café pour s'attacher au bon stratège, sacrifierait sans regret tout le reste de son personnel. L'art principal du stratège de café consiste en effet à retenir les clients jusqu'à la fermeture, par la force persuasive de sa parole, l'ingéniosité de sa combinaison ou à défaut par le bouton de leur jaquette


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