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Retranscription du Tuyau, numéro 23, page 8 (16 décembre 1915)
Comment furent sauvés les trésors du Louvre
La "Gazette de Francfort" publiait il y a quelques temps un article emprunté aux "Lecture pour tous", relatant la façon dont s'était opéré aux jours angoissants d'Août et de septembre 1914, le sauvetage de nos richesses d'art. Nous résumons, à l'intention de nos lecteurs, les principaux épisodes de ce déménagement sensationnel, effectué avec la plus grande diligence et la plus grande discrétion par le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts et les conservateurs du musée du Louvre eux-mêmes. Il s'agissait d'expédier loin de Paris, tout ce que nous avons de précieux dans les musées et palais nationaux. Dr Dalinier, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, Mr Henri Marcel directeur des musées nationaux, Mr Dumouthier administrateur du garde-meuble et Léon Chef de division aux Beaux-Arts étaient sur pied. La "Joconde" bien connue de tous, non seulement pour sa haute valeur artistique, mais aussi pour son amour des voyages et des aventures, fut l'objet de soins particuliers, et eût les honneurs d'un emballage spécial. La "Vénus de Milo" traitée avec non moins d'égard, fut soigneusement cachée au fond d'une caisse capitonnée. En quelques heures 710 toiles décrochées et emballées avaient pris le chemin de la gare de Lyon. Le sauvetage des diamants de la couronne fut particulièrement mouvementé. Mr Dalinier le raconte de la façon suivante: Je ne voulais laisser à d'autres qu'à moi le soin de les emporter et de les mettre en lieu sûr. Mr Henri Marcel était allé dans un magasin voisin du musée, acheter un vulgaire petit sac à main de 9F50, dans lequel, sur un lit de ouate, nous déposâmes les bijoux. Puis nous quittâmes le Louvre pour gagner à pied la gare où nous devions prendre le train. La nuit tombait, craignant d'être surpris par quelque apache à la recherche d'un mauvais coup, redoutant à chaque instant d'être renversé ou écrasé par quelque voiture, l'encombrement était grand. Nous allions d'uns pas rapide, mon chef de cabinet nous précédant et regardant à droite et à gauche. Ni mon compagnon de route ni moi-même n'avons dormi cette nuit-là. Dans ce train ou s'était entassé pêle-mêle une foule craintive qui fuyait Paris, dans ce train, qui s'immobilisait en d'interminables arrêts par suite de l'encombrement des voies, les heures me parurent désespérément longues. C'est dans un coffre-fort loué à raison de 5f par moi, dans une grande banque parisienne que furent déposés et que sont encore les diamants de la couronne. Les autres richesses du Louvre sont enfermées dans 40 voitures de déménagements rangées dans une cour vitrée d'un vaste bâtiment de la même ville et gardées par des soldats en armes. Et dans tout ce déménagement hâtif, on n'eut à déplorer comme accident, qu'une chaise cassée.
A nos lecteurs des Arbeits-Kommandos
Nous nous excusons très vivement auprès de nos lecteurs des "Arbeits Kommando" de n'avoir pu, comme nous le leur avions annoncé, faire
partir leur abonnement du N°22.
Nous nous excusons aussi de ne pas leur fournir le "Tuyau" imprimé que nous leur avions promis.
Bien que le nombre des abonnements arrivés du dehors dépasse actuellement 200.
Nous avons dans le but de réduire les frais à leur minimum, renoncé à faire éditer le "Tuyau" en ville.
Une nouvelle machine permettant un tirage illimité et assurant une impression parfaite, nous sera livrée sous peu.
Nos lecteurs qui savent à qui iront nos recettes ne nous reprocherons pas de faire des économies.
La Direction
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