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Retranscription du Tuyau, numéro 24, page 6 (23 décembre 1915)
A la manière de.... Noël fantasque
C'était en cette année 1935 où il se passait des choses si étranges. Noël tombait encore le 25 Décembre, mais un de ces bouleversements atmosphériques auquel vingt années et plein de canonnade incessante n'étaient pas étrangères, les saisons déjà fort mail en point, quand était survenu le cataclysme qui secouait l'univers, avait fini par se détraquer tout-à-fait et il faisait une de ces chaleurs torrides, telles que les Marsiens, les derniers venus dans le camp où toutes les planètes habitées étaient maintenant représentées ne se rappelaient pas, de mémoire d'homme fluide, en avoir jamais subi de pareille. On était là, accablé, vautré sur le sol que par endroits la mousse avait envahi, cherchant à humer un peu de l'air qui par instants soufflait de la montagne et attendant le soit, dont on espérait quelque fraîcheur. On rêvait, de vieux souvenirs s'échangeaient, on évoquait, comme un fait mémorable, l'année de grâce 1915, ou pour cadeau de Noël, de rares privilégiés avaient reçu des bois de lit, et bien que le temps se fut chargé d'émousser à la longue tous les désirs, les plus raffinés souhaitaient encore que Noël 1935 put apporter des armoires à glace. Le père Noël, déjà bien vieux à l'époque où avaient commencé les hostilités, était mort, mort d'épuisement à la suite des folles randonnées qu'il lui avait fallu ajouter à sa tournée habituelle, pour distribuer de menus cadeaux dans les 18 000 kilomètres de boyaux dont s'était enrichi le corps terrestre. Son service était assuré maintenant par une firme américaine "messageries célestes et Liebesgeben réunis" dont la direction avait été confiée au vieux Charon, le passeur bien connu, qui pour avoir, à leur dernier voyage mené les mortels en bateau, en avait souvent reçu pour prix de leur passage, de précieuses confidences et s'était ainsi formé, sur les besoins généraux des vivants des idées fort nettes. Personne n'était oublié, chacun avait son paquet. Les gourmets avaient eu la joie de recevoir des grils pour faire cuire leur hareng, aux amateurs de la bonne bouteille, on avait dispensé du coco et de la limonade, quelques paquets dépliés de pastilles du Sérail comblaient les désirs des vieux fêtards dont la théière, ternie et quelque peu branlante n'était cependant pas encore complètement hors d'usage les plus jeunes et ceux qui pouvaient avoir conservé des illusions avaient un manuel de la "Patience", sur laquelle de mémorables considérations avaient été délayées par l'auteur en 1450 pages; enfin il avait été réservé un lot considérable de bavette pour les gages. C'est à un de ces pitoyables vieillards, qui se vantait d'avoir été autrefois architecte et qu'à cause de son grand âge souhaitait encore, avec quelques égards, qu'avait été confié le soin de composer le crèche, sur une couche de copeaux, car la paille était rare, reposait l'enfant rose, souriant à des adorateurs. A l'arrière plan au râtelier, pendaient des fusils. Mais les animaux symboliques, l'âne et le boeuf, excitaient particulièrement le curiosité des jeunes générations, ses sympathiques quadrupèdes, ayant, peu d'années après le déchaînement du conflit, subi le sort des autres animaux comestibles, dont une consommation intense avait définitivement éteint les races . On ne vivait plus depuis longtemps que de boulettes de poissons et de comprimés de chair sauvage ou exotique: chacals, pythons, girafes échappés à l'hécatombe. Emerveillés, les plus jeunes bayaient d'admiration, cependant que les vieux désabusés, considéraient la scène, d'un oeil terne et, solo voce, chantonnaient d'une voix chevrotante, le cantique populaire, que le temps et les circonstances avaient légèrement déformé: Il est né le divin Enfant, Jouez hautbois, planquez les musettes Geo.
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