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Retranscription du Tuyau, numéro 28, page 1 (20-27 janvier 1916)
Le N°10 Pfg. 20-27 janvier 1916 N°28
LE TUYAU
Organe indépendant des Prisonniers de Quedlinburg.
Paraissant le jeudi
Rédacteur en Chef: J.Monjour
Rédaction Administration Baraque VI.A
Avec le corps expéditionnaire algérien
A Alger... Dans le square aux plumes exotiques un Kiosque à musique très Parisien, dont la couverture se hérisse en toit de pagode de zinc découpée. "Guillaume Tell" agonise là-dessous... Soudain d'autres cuivres éclatent. Des clairons aussi des tambours. Puis, tout de suite, c'est la clameur d'une foule énorme, le bruit de monstres multitudes lâchées dans les rues, les jours d'émeute. La musique s'arrête. Les auditeurs se massent sous le kiosque comme un troupeau apeuré. A l'entrée du square, la horde de la jeunesse populaire parait. Elle est hérissée de drapeaux de fanions et de lanternes. Le mugissement s'enfle et devient une énorme "Marseillaises", tandis qu'à l'opposé du jardin le "Chant du Départ" jaillit jusqu'au ciel. Le kiosque est envahi par les patriotes à face napolitaine qui, la bouche distendue, le front et les temps cordés de veine bleues, exigent du chef d'orchestre la "Marseillaise". Elle fuse violemment hors des pavillons, reprise par des milliers de voix. Puis, lui succèdent les hymnes, la grave mélopée russe que les chanteurs transforment en polka, et la noble complainte britannique, dont ils font un chant funèbre ponctué de nombreux et profonds borborygmes. Et dès que le chef cesse, les hommes du premier rang exigent que l'on continue. Et on continue jusqu'à ce que, las, les instrumentalistes, se sauvent à la débandade, sentant qu'on le leur fera pas quartier et que la police fasse évacuer le square. Alors tout cela se disperse comme les fourmis dont un coup de talon a détruit la citadelle, vers les rues avoisinantes qu'emplit toujours la "Marseillaise" sous des arcades obscures. L'embarquement... Je suis des premiers à bord. Vus du haut de la passerelles, tous nos chevaux chocolat donnent l'impression de la cavalerie de plomb bien rangée dans les boites au bazar. Ils sont alignés par quatre rangs sur les radeaux qu'on amène le long du bord. A la hauteur des panneaux de cales, la chaîne de charge balance au bout du martereau son énorme mousqueton d'acier, qui descend sur le dos de la bête, y agrippe les boucles de la sangle, vivement passée sous le ventre haletant et remonte avec son vivant fardeau, qui, dans le giclement de vapeur des treuils, parait hésiter à descendre dans le trou noir. La bête ahurie, nage dans le vide les yeux exorbités, sans même tenter de ruer, vaincue par la force terrible qui la manie comme un léger ballot. Quand a lieu la plongée dans le faux pont, les quatre pattes raidies raclent de leurs sabots les parois du font d'où remonte un instant après, le mousqueton prêt à mordre une autre victime. Les mulets des sections de mitrailleuses sont moins sages. Ils se roulent comme au cirque, font les ânes, s'ébrouent, tentent canaillement de passer une patte entre la sangle et leur ventre pour se dégager. Aussi quand ils planent au-dessus du panneau poussent-ils un braiment énorme de détresse et de colère auquel répond le rire puissant de leurs conducteurs,
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