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Retranscription du Tuyau, numéro 30, page 1 (17 février 1916)
Le N°10 Pfg 17 Février 1916 N°30
LE TUYAU
Organe indépendant des Prisonniers de Quedlinburg.
Parait le Jeudi
Rédacteur en Chef: J.Monjour
Rédaction Administration Baraque 6.A
Images de chez nous
Elles sont toujours vivaces, les trente-deux provinces que la Révolution dans un esprit d'unification a transformées en quatre-vingt six lotissements administratifs calqués sur un modèle unique. Les délimitations fictives et quelquefois arbitraires des départements, n'ont pas trop bouleversé leur physionomie, le sillon creusé par plusieurs siècles d'histoire qui les séparait jadis les une des autres au temps de leur autonomie, ne s'est pas comblé entièrement, chacune des ces provinces a conservé son caractère définitif, ses moeurs, ses traditions, ses légendes et en dépit de l'amalgame et du fusionnement des races, les hommes qui les habitent portent encore la marque ancestrale, l'estampille originelle, plus ou moins nette ou plus ou moins floue, mais toujours visible qui les désigner et les identifie. Ce sont ces petites patries provinciales qui ont formé la grande patrie française, et de même qu'un bouquet vaut par la diversité des fleurs qui le composent, l'harmonie des couleurs groupées, la combinaison des parfums choisis, c'est à la variété et à la richesse des provinces assemblées que notre France est redevable de son éclat et de sa splendeur. Chacun de ces provinces a apporté ses trésors particuliers, ses vertus, ses héroïsmes et ses gloires, et la magnifique gerbe aux trois couleurs est constituée d'une infinité de petites fleurs, toutes précieuses, dont certaines nous sont familières, et ont nos préférences parce qu'elles ont poussé au long des sentiers que nous avons parcourus au temps de notre enfance, et parce que nous en avons de bonne heure respiré le parfum. Si nous aimons si profondément nos provinces natales, si nous sommes si fiers d'elles, si nous les exaltons volontiers, c'est qu'elles représentent pour nous la patrie, dans ce qu'elle a de plus intime et de plus familial. Nous ne pouvons les évoquer sans que nos yeux se mouillent, ni sans que les anciennes et naïves romances avec lesquelles nos grand-mères nous bercèrent, s'emparent de nos rêveries et nous obsèdent. Et leur souvenir des visions lointaines, imprécises et fugitives, défilent devant nos yeux en une succession d'images aériennes. Ces images qui sont des "Images de chez nous" si attrayantes, si réconfortantes, mais si différentes d'aspect et de couleur, selon les coins de France où nous sommes nés, "Le Tuyau" va tenter d'en fixer quelques unes. En des tableautins sans prétention, par des études de moeurs régionales, des esquisses historiques, ou des peintures empruntées à nos meilleurs écrivains, nous nous efforcerons de faire revivre les provinces représentées ici. Nous espérons que nos lecteurs prendront quelque intérêt à feuilleter cet album dans lequel ils rencontreront des gens de connaissances et des paysages connus. Nous espérons aussi que les "Images de chez nous" en entraînant nos lecteurs en une randonnée au travers des vieilles provinces françaises, pourront contribuer à entretenir et à raviver le culte de la patrie absente, et cela surtout nous décide à les publier. La Rédaction Dans notre prochain N° Lire "Le Paysan Normand", par Jules Monjour
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