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Retranscription du Tuyau, numéro 33, page 2 (9 mars 1916)

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de leurs génies et cumule les richesses de deux cultures différentes. Mais il n'est pas de si beau tableau qui n'ait un revers. Périodiquement, un terrible fléau dévaste la région, l'invasion la guerre ne veulent pas que ce soit le pays du rêve. Il sert de tampon au monde latin et au monde germain et ses plaines servent de champs de bataille à l'Europe depuis des siècles. Les soldats de César y furent arrêtés, Bourguignons, Espagnols, Autrichiens et Français tour à tour les pillèrent et les saccagèrent, la grande Révolution y vainquit l'Europe coalisée. Napoléon y vit s'éteindre son étoile et maintenant encore ses plaines frémissent du choc des armées. La tourmente passée, les ruines fumantes seront déblayées, les usines réparées, la terre ensemencée à nouveau et pour la vingtième fois, les pays du Hèvre à l'Artois, de la Flandre à l'Ardenne tous se remettront à l'oeuvre.
Cette continuité de l'effort et du danger a formé le caractère des hommes de cette région, qu'ils soient le Flamand violent et rêveur ou le Wallon enjoué et hâbleur (le Gascon du Nord) ils ont du Français la fierté et la gaieté, de l'Allemand la persévérance et la ténacité, des deux ils ont le courage militaire. Toujours au danger ils disputent à la Lorraine la gloire d'avoir fourni à la France ses meilleurs généraux et veulent que le mot de César reste vrai. De tous les peuples des Gaules, les Belges sont les plus braves. Personne n'a pu les dompter, les Nervions ont refoulé les invincibles légions romaines, le moyen âge a vu les bourgeois lutter victorieusement contre leurs seigneurs et les rois réduits à flatter les franques villes. Aujourd'hui une partie de ce pays est réunie à la République Française, l'autre constitue un royaume où les libertés constitutionnelles sont plus grandes qu'en aucun autre état.
Quel est-il l'homme qui peuple ce pays? Comme la terre elle-même, il varie à chaque pas. Il reflète le sol. Grand musclé, fort, blond aux yeux bleus, le long de la côte, sa taille diminue à mesure que le terrain monte et l'Ardenne nourrit un montagnard trapu. Son caractère varie comme sa stature. Rêveur, avare de ses mots, timide, croirait-on religieux à l'extrême, le Flamand est l'homme de la terre, il demeure autant qu'il le peut dans son village, la ville ne l'attire pas et l'usine lui répugne.
Petit, nerveux, commerçant adroit, industriel avisé ou meneur hardi, le Wallon est aussi peu religieux que possible, bavard et raisonneur, le travail ne va pas pour lui sans chansons et sans rires. Rêveur ou pétillant, ce sont des violents aussi avides de plaisir qu'acharnés au travail, ils veulent avant tout profiter de la vie, que leur réserve demain? Philippe II et le conseil du sang? La révolution française, ses suspects et sa guillotine? L'invasion allemande et l'occupation armée? Le sang qui ruisselle dans les rues et rougit l'eau des fleuves ne les fait pas trembler, sous l'état de siège et la loi martiale, la révolte couve et gronde et que ce soit la grève ou l'émeute ou la guerre c'est toujours en coup de tonnerre que les événements éclatent. Dans ces conditions, quand demain peut-être on jouera sa vie, pourquoi ne pas profiter de ce qu'elle peut procurer de plaisir et alors toutes les occasions sont bonnes, au besoin on les provoque. Le plaisir on le prend partout, dans l'art et dans l'orgie.
Le Flamand est un peintre qui dispute la palme aux écoles italiennes et françaises, le Wallon est un musicien et la capitale du Hainaut français se glorifie d'avoir été appelée "l'Athènes du Nord", la ville des Prix de Rome.
Le peule est la pépinière des artistes. A Liège, le conservatoire, un des plus réputés du monde, donne des concerts publics, où l'on ne joue que de la musique ultra-classique, et le visiteur surpris, constate que les auditeurs comptent une foule de travailleurs de gens du peuple, qui écoutent attentivement et qui comprennent.
A Anvers, à Bruges, le Dimanche, ce sont des ouvriers qui pieusement visitent les musées. Quelques heures après la bière coulera à flot, les couteaux


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