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Retranscription du Tuyau, numéro 33, page 3 (9 mars 1916)

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sortiront peut-être, mais le lendemain on retournera à la besogne, d'autant plus ardent au travail qu'il est le dispensateur des richesses qui procurent le plaisir.
Habituées à peu compter sur l'équité de tribunaux étrangers à la nation, le Belge compte surtout sur lui-même et se fait justice lui-même. La Vendetta pour y être moins rapide qu'en Corse, n'y est pas moins inexorable, vindicatif à l'extrême, le Belge ne pardonne pas, et attend patiemment l'heure de la vengeance qu'il prendra un jour, d'autant plus terrible qu'il l'aura plus attendue. Chacun sait qu'il payerait cher toute félonie, chacun est décidé à la châtier aussi, qui frappe à une porte la voit immédiatement s'ouvrir, l'hospitalité large lui est aussitôt accordée, il n'oserait en abuser et l'étranger est souvent surpris de la facilité avec laquelle le belge admet un inconnu à la table de famille. Doit-on y voir encore un reste des époques troublées, où tout fugitif était un persécuté digne de l'aide de ceux qui, demain peut-être, le seraient à leur tour. Les deux causes sont en tout cas de même origine.
C'est encore dans l'histoire du pays qu'il faut chercher la raison d'une autre caractéristique du peuple belge, l'aptitude à l'association. Au moyen âge, dans les villes, la bourgeoisie par sa richesse et son ambition devint très tôt une puissance politique et acquit un esprit particulariste à outrance. Les communes, gouvernées par cette caste orgueilleuse, s'enrichirent en monuments magnifiques, mais l'âpreté de la lutte sociale, fatale entre cette caste et le prolétariat organisé en métiers se traduisit d'autre part par un esprit d'association, de solidarité populaire qui a persisté dans le caractère du peuple belge. A côté de la tendance individuelle, de l'orgueil citadin, de l'esprit de clocher très vifs, règne un esprit d'association économique et social très prononcé. On s'associe pour tout, pour cultiver la terre, monter des usines, s'assurer mutuellement, faire de la musique, s'amuser ou boire (sociétés d'assurance mutuelles contre les accidents, contre les maladies, les risques de morts, contre les risques commerciaux ou agricoles, société de carabiniers, de tireurs à l'arc, de colombophiles, d'amateurs de coqs de combat, de chiens ratiers, de buveurs, de fumeurs) ne serait-ce que pour faire une excursion, on organise un comité qui aura son président, qui en ordonnera les détails, son trésorier qui en réglera les dépenses. La vis sociale est de ce fait très développée en Belgique, elle déborde de beaucoup la vie politique et si la liberté individuelle est très grande, les libertés locales et régionales ne le sont pas moins. L'intervention du pouvoir central dans le pouvoir provincial est fort limité en droit, elle l'est encore plus en fait.
Un ministre est un moins grand personnage qu'un bourgmestre, mais ce dernier est moins un homme politique qu'un administrateur, un économiste. Cet esprit d'association ne se sépare cependant jamais du souci de progrès, de travail individuel qui marque l'ouvrier, le bourgeois, l'industriel belge. Tous travaillent ardemment au développement économique et social, il faut que le maximum soit produit, l'épargne qui est le fait des générations est trop aléatoire, il faut gagner rapidement, on dépensera de même, mais de ce labeur immense la richesse de la nation augmente. De cet effort commun pendant des siècles est fait la véritable raison de l'autonomie belge.
L'union fait la force...
Nebla Rojo


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