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Retranscription du Tuyau, numéro 33, page 8 (9 mars 1916)
Echos
Nous apprenons en dernière heure que le général Humbert, jusque là de la défense de Verdun et le général Herr, directeur de l'artillerie de la place ont été l'un et l'autre mis sous les ordres du général Pétain. Notre confrère Gustave Hervé veut bien à ce sujet, nous envoyer par l'intermédiaire de la Gazette de Cologne les renseignements suivants ("Victoire" du 4 Mars et "Gazette de Cologne" du 8): "Le général Pétain s'est distingué d'abord comme colonel à Charleroi (1914) puis dans les combats de Mai et Juin 1915 en Artois et ensuite surtout pendant l'offensive tentée par Joffre en Champagne au mois de septembre 1915. Henri-Philippe Pétain est né le 24 Avril 1856 à Cauchy à la Tour dans le Pas de Calis. Sous-lieutenant en 1878 à sa sortie de l'école Saint Cyr, il fut nommé lieutenant en 1883, capitaine en 1890 et chef de bataillon en 1900. En 1901 il reçu la croix de la légion d'honneur. Longtemps colonel, il allait prendre sa retraite quand la guerre éclata. Depuis la retraite de Charleroi, il donna des marques ininterrompus de sa valeur, si bien qu'il fut nommé en très peu de temps général de brigade, de division et de corps d'armée. Il est très aimé de ses soldats malgré sa sévérité. Ils se signalent entre eux son approche par ces mots: "V'la Pétain, gara au potin" Un officier qui l'a connu colonel à Arras nous disait un jour "Pétain possède au plus haut point ce qu'en argot de caserne nous appelons le "cran". Bien que fantassin, il a su en imposer aux cavaliers dont on connait pourtant la compassion méprisante à l'égard des misérables pousse-cailloux. Un jour il laissa échapper les mots suivants qui ont pris depuis la valeur d'une prophétie: "Vous regretterez quelque jour, lieutenant de ne pas être fantassin, car dans la prochaine guerre l'infanterie, comme aura le plus de mal, aura aussi le plus de gloire." Quand il était colonel au 33ème, Pétain ne pensait qu'à la guerre en un temps ou beaucoup d'officiers de salon ne songeait qu'à leur avancement et à leurs plaisirs. L'officier de la "Victoire" explique ensuite que chaque année Pétain examinait la "performance" physique de ses officiers comme celle de ses chevaux. Pour se maintenir lui-même en bonne forme chaque matin au lever, il sautait à la corde comme une fillette si bien qu'un propriétaire désagréable à Arras, lui donna son congé. Il est actuellement aussi alerte que le plus jeune lieutenant de St Cyr. Pendant l'offensive de Septembre, il courut en tête de ses hommes pendant 5 km dans une boue épaisse. Il se fait souvent un jeu malgré ses soixante ans de se dresser de toute sa hauteur devant l'officier d'un poste d'écoute ou de sauter dans une tranchée pour effrayer un premier soldat. Il partage toutes les privations de ses soldats en gardant le sourire et pour le dernier d'entre eux sait mettre la main à la poche. Un permissionnaire qui était venu à Paris et à qui un de ses camarades reprochait de trop dépenser lui répondit: "Ben quoi! ça n'fait rien, j'suis d'l'armée à Pétain!" Le Lieutenant-colonel Dirant, comme nous l'annonçons d'autre part, a disparu dans les combats sous Verdun. Est-il mort, ou prisonnier, c'est ce que l'on saura sans doute d'ici peu. Le lieutenant-colonel Driant n'était un inconnu pour personne en France. Les enfants de ma génération ont lu avec un intérêt passionné les fantaisies militaires qu'il publia sous le pseudonyme de "Capitaine Daurit". La guerre en rase campagne "La guerre de forteresse" Driant n'avait d'ailleurs pas borné son ambition à être un écrivain agréable. Gendre du général Boulanger, il fit aussi de la politique et fut mis en disponibilité à la suite de l'affaire Dreyfus. Député de Nancy depuis plusieurs législatures, il avait donné à ses collègues de la chambre l'impression d'un homme énergique. Chef ferme et sévère, il sut faire des différentes unités qui lui furent confiées des corps d'élite. C'est sous sa direction que le 1er bataillon de chasseurs acquit cette cohésion et ce mordant dont il devait faire preuve plus tard dans les combats d'Alsace. Driant qui était au courant des choses de l'Allemagne avait assisté comme correspondant militaire du journal "l'Eclair" aux manoeuvres de Silésie.
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