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Retranscription du Tuyau, numéro 34, page 8 (16 mars 1916)

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Echos

Le Lieutenant-colonel Driant, dont nous annonçions il y a huit jours, la disparition, est très vraisemblablement mort. D'après deux dépêches de source privée adressées au Frankfurter Zeitung, son corp aurait été retrouvé près du bois des Caures (au Nord de Douaumont) et enterré par des artilleurs allemands.
Voici, d'après le récit d'un officier qui combattit aux côtés de Dirant, la description du dernier engagement auquel prit part le lieutenant- Colonel:
Les Allemands commencèrent la préparation de leur attaque le 20 février à 7 heures du matin, par un déluge de feu qui détruisit complètement les plus résistants de nos abris. Mais nos gens ne flanchèrent pas et ils continuèrent sous une grêle de fer à renforcer leurs positions. Entre 2 et 6 heures de l'après-midi les effets des bombardements devinrent tels qu'il ne resta plus un abri intact. Un officier attaché à la personne de Driant fut blessé. Beaucoup de chasseurs furent atteints. L'artillerie ennemi allongea son tir. Des soldats allemands avec des manteaux et des brassards comme les nôtres (ces affirmations sont certainement des mensonges - note de la Kibischr Zeitung), essayèrent d'avancer vers Hautmont. Malgré notre résistance ils se glissèrent dans nos tranchées de première ligne où le combat à la grenade dura toute la nuit. Le 22 février, le bombardement reprit nivelant nos tranchées, détruisant nos boyaux de communications et abattant une grande partie de la forêt. Nos chasseurs qui gardaient leur sang-froid remarquèrent vers midi de gros détachements ennemis qui marchaient vers le bois d'Haumont. Ils tournèrent dans la direction du bois des Caures et essayèrent de traverser nos tranchées de deuxième ligne. L'attaque devenait de plus en plus violente. Pour l'arrêter un lieutenant bondit à la tête de sa compagnie. Il tomba mortellement blessé en criant "En avant!" Un autre officier s'élança. Il fut traversé par une balle. Cependant nous résistions toujours de toutes nos forces, malgré notre infériorité numérique, nous ne disposions que des deux bataillons contre une brigade. Vers 3h1/2 de l'après-midi, la situation devint extrêmement tendue. Les allemands avaient amené des canons qui prirent nos positions sous un feu de barrage. L'encerclement se resserrait toujours davantage.
Alors je fus envoyé au Colonel Driant qui depuis le commencement de l'attaque dirigeait le résistance. Je le vis appuyé sur son fusil, avec deux capitaines à ses côtés. Je fus frappé de l'expression profondément sérieuse de ses traits énergiques. Il me dit "Quelques minutes encore et nous serons morts ou prisonniers. Essayons du moins de sauver quelques uns de ces braves gens." Après une délibération émouvante au cours de laquelle un des capitaines traduisit l'impression générale, en disant "Il est difficile de se tirer de là, je préfère la mort". On détruisit tout ce qui dans les abris aurait pu tomber entre les mains de l'ennemi, plans, cartes, etc... Ensuite les compagnies reçurent l'ordre de battre en retraite. Le mouvement commença par une aile, couvert par un détachement de chasseurs. Les têtes de colonnes furent au sortir du bois, prises sous le feu croisé des mitrailleuses ennemies. Ceux de nos détachements qui purent traverser cette zone, rejoignirent à Beaumont la première ligne de notre deuxième position. Le Colonel Driant qui voulait partir dans les derniers, fut vu pour la dernière fois par un chasseur qui à côté de lui cherchait à s'abriter contre une grêle de projectiles dans une excavation creusée par un obus. Driant fit partir d'abord le chasseur et lui cria "Au revoir, bonne chance!" Il fit encore la remarque que le reste de ses hommes avait pu quitter la forêt. Depuis on ne l'a plus revu. Avant de quitter la ligne, la section de mitrailleuses tira 15000 coups.
A l'approche de l'ennemi elle put encore mettre ses armes à l'abri."
Havas
Tel fut le combat du bois des Caures.


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