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Retranscription du Tuyau, numéro 36, page 1 (6 avril 1916)

6 Avril 1916 N°36

LE TUYAU

Organe indépendant des Prisonniers du Ier Camp.

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque 6.A

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Image de Chez-Nous - Montmartre
(Réplique à l'article de M.Dorgelès)

Mon cher Rédacteur
Vous m'avez demandé en qualité de vieux Montmartrois, ce que je pensais de l'article de Mr Roland Dorgelès paru dans un récent numéro du "Tuyau".
Je l'ai trouvé très documenté et d'une forme parfaite. Je suis tout-à-fait d'accord avec l'auteur lorsqu'il déclare que le Montmartre intéressant, le seul qu'on ne pourra remplacer est le vieux Montmartre, c'est-à-dire la bourgade tranquille et accidentée dont les rues escarpées, les places calmes et les jardins en étages ont les grâces charmantes de quelques petites villes de province qui, à la chance de s'être développée dans une situation pittoresque joignent celle de pouvoir s'enorgueillir d'un long et honorable passé, raconté par de bonnes vieilles maisons toujours coquettes, bien que sommeillant dans leurs souvenirs. Cette opinion est d'ailleurs celle de la presque unanimité des véritables Montmartrois, ainsi qu'il résulte des nombreuses lettres écrites par eux à "Paris Journal" au début de 1914 et parues dans cet organe à la suite d'une enquête sur la Butte dont mon ami Jean-Emile Bayard qui y collabore, avait eu l'idée.
Que penser du cri d'alarme de Mr Dorgelès au sujet de la disparition de ce Montmartre là? Il faut s'entendre. Il y aura toujours à Paris une Butte Montmartre et par le fait même qu'elle est une Butte, le quartier qu'elle composera sera toujours un quartier retiré, préservé des vagues de tumulte par ses rampes rudes qui découragent les voitures et ignorent le trafic intense de tant de régions parisiennes. Il y aura toujours, même si séparées et alignées dans une certaine mesure, des rues escarpées, il aura toujours de hauts escaliers et surtout jouira toujours des avantages dus à sa hauteur, c'est-à-dire d'une atmosphère plus pure et des aperçus admirables sur la capitale et la Banlieue, que possèdent tant de ses maisons et de ses rues. Il aura toujours aussi je pense, plus d'espaces libres et même de verdure que la plupart des quartiers parisiens, même quand la lèpre des maisons modernes aura gagné les terrains vagues qui attendent actuellement les échafaudages et les emplacements des vieilles demeures guettées par la pioche du démolisseur. Me voici amené pour développer cette idée, à parlé du Sacré-Coeur. J'en profite pour en dire tout d'abord un mot. Vu de loin alors que ressortent seules les grandes lignes de son architecture aux coupoles gigantesques, le Sacré-Coeur n'est pas laid. Il couronne la Butte de façon originale et en souligne les contours, surtout quand le soleil vient frapper ses pierres blanches que le temps passé n'a pas encore patinées. De près il n'est pas beau, trop neuf, trop lourd, trop monumental, j'allais écrire trop américain. Ses abords sont trop encombrés de boutiques en plein vent destinées à la vente de médailles souvenirs et d'objets de


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