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Retranscription du Tuyau, numéro 37, page 1 (13-20 avril 1916)

Le n°10 Pf. 13-20 Avril 1916 N°37

LE TUYAU

Organe intermittent des Prisonniers de Quedlinburg.

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque 6.A

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Image de Chez-Nous - Montmartre
Réplique à l'article de M.Dorgelès (suite)

Quand Mr Dorgelès parle de la disparition du vieux Montmartre, il faut donc entendre non pas la disparition complète de son originalité, mais seulement la disparition de beaucoup de jardins et de maisons connues, ayant chacune leur histoire. Comme je le déplore et je reconnais que l'existence intime du Vieux Montmartre en est déjà et en sera profondément modifiée, car c'est justement dans ces vieux enclos et ces vieux logis condamnés que s'est réfugié, chaque jour plus repliée sur elle-même, la vie vraiment personnelle, la vie traditionnelle de la petite ville. La transformation est rapide et n'a pas échapper même à ceux qui n'ont élu domicile sur la Butte que dans les dix dernières années d'avant la guerre. Le Moulin de la Galette a conservé ses deux vieux moulins, dont l'un, le plus élevé, a ses titres de gloire. Mais il y a quelques années, autour de la plateforme en terre battu où se dresse sa silhouette un peu vermoulue, étaient disposées des tonnelles, chères aux couples de danseurs, qui y cherchaient un repos furtif. Elles étaient couvertes de vigne vierge et de chèvrefeuille et étaient rejointes entre elles par des lilas. Les plantes sont mortes de vieillesse, les tonnelles tombant en ruines ont été démolies et la plateforme pittoresque a été transformée en une banale terrasse en ciment. La rue des Saules a peu changé, mais le parc immense aux arbres centenaires où s'était installé de façon éphémère sous le nom de But-Park dans un décor seigneurial un café chantant de plein air d'où tout étiquette étaient bannie, a été réduit et considérablement déboisé, occupé en grande partie par un dépot de charbons. La place des Abbesses a été éventrée par l'installation d'une station du Nord-Sud. De curieuses maisons de la rue Morvins, dont chaque habitant avait à sa disposition un petit jardin sur le devant et un petit champ sur le derrière, ont disparu. Il n'en reste plus qu'un dans ces conditions, mais elle est condamné et n'accepte plus de nouveaux locataires. Des restaurants sans apparence, mais aux renommées anciennes dont les patrons eux-mêmes veillaient sur la cuisine et sur la cave, excellentes malgré le prix modique et se considéraient comme les amis d'abonnés fidèles, dont certains venaient depuis plus de 30 ans, ont ressenti le contrecoup des transformations voisines, ont changé de propriétaire et ne sont plus que de simples gargotes, bouillons ou prix fixes. Il en reste encore de l'ancienne formule mais bien peu. Les maisons d'habitation neuves, dont l'étage supérieur seul possède un atelier ont remplacé les vieilles maisons qui en comptaient beaucoup. Un grand nombre de peintres ont dû en conséquence s'exiler et fuir vers Montparnasse. Le marché aux modèles qui se tenait jadis place Pigalle les a suivis. On pourrait citer bien d'autres exemples de modifications relativement récentes.
Le Montmartre dont nous venons de parler et qui forme la Butte proprement dite pourrait être considéré comme limité par le boulevard extérieur (ce dernier non compris) la rue Clignancourt (ce qui en exclut les magasins aux façades laides et prétentieuses), la rue Caulaincourt. Est-il possible même si l'on préfère celui-là d'ignorer complètement l'autre. Assurément non! et j'expliquerai tout à l'heure pourquoi. Cet autre est formé par le Boulevard extérieur entre la place Clichy et le carrefour Rochechouart et par la région qui le borde au sud entre la rue de Clichy et la rue des Martyrs. Les principales artères en tout la rue de Douai, la rue Fontaine, continuée


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