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Retranscription du Tuyau, numéro 37, page 2 (13 Avril 1916)

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par la rue N.D de Lorette (la bien nommée) la rue Blanche et la rue Pigalle. C'est lui qui aux heures de nuit, donnant par le faubourg Montmartre la main aux Halles unies elles-mêmes au quartier latin, contribue pour la plus grande part à constituer un Paris nocturne, où l'activité et le mouvement se maintiennent sans interruption. C'est le Montmartre qui vit intensement, c'est celui dont la renommée mondiale d'esprit, de gaieté et d'exubérance fait oublier le vrai Montmartre à ceux qui ne sont pas Montmartrois. Il a pour lui ses music-halls, ses cinémas, ses théâtres, son cirque (madrans) et surtout ses boites de chansonniers, ses restaurants de nuit et ses bals (j'oublie volontairement dans cet énumération les cabarets tel que le Ciel, l'Enfer et le Néant qui n'ont d'artistique que le nom et sont en réalité des attractions dignes de figurer tout au plus dans une entreprise comme Luna Park. Les vrais Parisiens n'y vont jamais). Chacun des établissements mentionnés pris isolément n'est pas essentiellement différent d'autres de même genre pouvant être vus ailleurs qu'à Montmartre. C'est ainsi que "la Lune Rousse" ou le "Moulin de la Chanson" créé récemment par Enthover et Paul Marinier, ne sont peut-être, pas très supérieur à "la Pie qui chante" fondée par Fallot au centre de Paris. C'est ainsi que l'Abbaye de Théleme, le rat Mort, Monie ou le Capitole sont égalés ou presque par des restaurants de nuit d'autres quartiers, comme le Café de Paris ou l'Américain. Mais il est un fait: nulle part ailleurs on ne trouve aussi denses qu'à Montmartre les établissements de distraction et de plaisir. Et cela ne date pas d'aujourd'hui. Ce n'est pas une vogue passagère qui a fait de lui la tête du Paris qui se divertit et s'amuse. C'est là que Rodolphe Salis a créé son "Chat Noir" et l'auberge du Clou au passé célèbre existe toujours. C'est là qu'au temps de Mylord l'Arsouille se sont illustrées dans les quadrilles excentriques ou "cancans français", alors à la mode du Moulin Rouge d'antan, des danseuses célèbres, dont les écrits de l'époque nous ont transmis les noms de guette, telles que Grille d'Egout et la Goulue, aujourd'hui dompteuse foraine malgré son grand âge afin d'assouvir la faim de sa vieillesse. Il ne faut donc pas s'étonner que la prodigieuse dépense d'entrain, d'activité, d'humour et de plaisir qui se fait depuis si longtemps dans le Montmartre du bas y ait créé y maintienne et y développe une vie à part qui se reflète partout: dans les rues, dans les cafés, dans les hôtels et dans les magasins. Je n'ai pas l'intention de la décrire. J'ai dit seulement à propos de l'article de Mr Dorgelès qu'en parlant du Vieux Monmartre, on ne pouvait complètement négliger l'autre. C'est en effet que tous les deux se pénètrent constamment. Un certain nombre de ces soupeurs et soupeuses en toilette qui, après ? s'assoient sur la banquette de velours rouge des restaurants de nuit ont commencé la soirée en dînant dans des restaurants du Vieux-Montmartre dans la réputation dépasse ce quartier et qui leur plaisent par leur originalité. Tels l'historique "Belle Gabrielle", le restaurant d'Adèle, dont la baraque en planches abrite chaque soir des convives de la meilleure société, l'auberge du coucou, célèbre par sa cuisine et ses vins italiens.
D'autre part, parmi ces artistes vieux-Montmartrois qui habitent la Butte, il y a des musiciens, des acteurs, des chansonniers. Ce sont eux qui, prêtant chaque soir leur talent au Montmartre de fête, lui volent le meilleur se da renommée. Inversement, les tziganes, les chanteurs, les danseuses du Montmartre du bas, habitant près de l'établissement qui les engage, cherchent hôtel où chambre meublée aussi bien au delà qu'en de ça des boulevards extérieurs. Ils trouvent à se loger par exemple aussi bien rue d'Orsel ou rue Tholozé que rue Fontaine ou rue Henri Monnier. Les peintres et sculpteurs de Montmartre ne font pas trop mauvais visage à ces petites danseuses qui s'en viennent habiter près d'eux. Ils en font volontiers leurs modèles ou leurs "petits alliées". Parfois le soir, ils sortent ensemble allant au Bas Montmartre vous un match de boxe à l'Elysée Montmartre ou allant danser sur la Butte, à la Galette, bien préférable au Moulin-Rouge, car on n'y rencontre pas comme on le faisait au bal de ce dernier des péripatéticiennes du faubourg Montmartre venues là uniquement pour raccrocher les provinciaux ou étrangers non avertis qui les prennent pour des Montmartroises. Elles n'ont cependant rien de comparable à ces dernières, elles n'en ont ni le caractère primesautier, ni l'esprit, ni l'élégance, ni la fantaisie, ni surtout la jeunesse. Il n'y a en résumé entre les deux Montmartre, quoique bien différents, ni transition brusque ni cloison étanche. Tous deux se connaissent et se sourient. Quand nous les reverrons, la guerre les aura bien changée, le vieux comme


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