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Retranscription du Tuyau, numéro 38, page 6 (27 avril 1916)
Les petits côtés de l'Histoire A propos de Verdun
La ville de Verdun pour la possession de laquelle se livrent actuellement de si durs combats fut occupée au commencement de septembre 1792 par les troupes de Brunscrick, celles-là même qui devaient quelques jours plus tard, se heurter à Valmy, en Argonne, aux soldats de la Révolution commandés par Dumouriez et Kellermann. La place qui d'ailleurs était dans un état de délabrement honteux, ? peu de troupes. Investie le 29 Aout 1792 par l'armée prussienne, elle capitula après 24 heures de bombardements, malgré l'opposition du commandant de place, Beaurepaire et du lieutenant colonel Marceau. Beaurepaire ne survécut pas à la capitulation. Le 2 Septembre on le trouva gisant sur le parquet de la Chambre qu'il occupait à l'Hotel de Ville. Il était vêtu d'un habit de garde national et d'une veste de satin blanc, culotté de peau et ceint de son épée il avait deux balles dans la tête. La tradition la plus communément acceptée est que découragé par les agissements d'une faction royaliste qui menait alors la population Verdunoise et appelait de tous ses voeux le succès des Allemands, Beaurepaire se soit tué pour ne pas voir une place dont il avait la responsabilité tomber sans combat entre les mains ennemies. C'est bien ainsi que la Convention interpréta sa mort, puisqu'elle décidé d'accorder à ses restes les honneurs du Panthéon, lorsque la ville eut été reprise par Marceau. Cependant tout n'est pas clair dans la fin de Beaurepaire. Et l'on s'est demandé parfois si le commandant actif énergique et capable de tenir longtemps Brunswisk en échec, n'avait pas été victime d'un complot royaliste. Sans doute il avait écrit à l'un de ses amis, député à la Législative, que les Prussiens, s'ils entraient dans Verdun le trouverait mort. Mais l'on s'étonne qu'à sa dernière heure il n'ait pas laissé une seule ligne d'adieu à sa femme, à son fils qu'il adorait et qui tous deux demeuraient dans un autre quartier de la ville. Ajoutons qu'en dépit du décret qui accordait à la dépouille de Beaurepaire une place au Panthéon, le cercueil fut transporté hors de Verdun après le départ des Impériaux n'alla pas plus loins que Sainte-Menchould. Peut-être y est-il encore? Toujours à propos de Verdun... On sait que le grand écrivain allemand Goëthe accompagnait les troupes de Frédéric Guillaume et de Brunswick, lors de leurs campagne de France en 1792 et qu'il fixa dans un livre désormais célèbre, le souvenir des évènements auxquels il avait assisté. On sait moins peut-être qu'un autre écrivain Français celui-là, Chateaubriant prit également part à la campagne de 1792 et qu'il y prit part dans les rangs ennemis. Revenu d'Amérique, le 2 Janvier 1792, marié peu après à une femme riche et bonne, Chateaubriand, par point d'honneur monarchique avait tenu à émigrer. Le 15 Juillet il partit pour l'exil, il rejoignit à Colentz l'armée des Princes, et avec elle, il rentra en France à la suite des troupes des Brunswick. Il faillit même être tué sous les murs de Verdun, lorsque le 14 octobre 1792, Marceau, après la bataille de Valmy, reprit la ville de Verdun aux Allemands. Lui-même raconte ainsi l'aventure: "Je fuyais avec un escadron d'émigrés ? Verdun lorsque je reçus une balle.Par bonheur, elle s'arrêta dans les feuillets manuscrits d'"Atala" que je portais sur moi ainsi "Atala" sauva la vie à son père." Cette "Atala" dont Chateaubriand portait sur lui quelques feuillets est un roman qui parut en 1901. L'auteur y évoquait dans le cadre nouveau pour l'époque, des forêts américaines les amours de deux jeunes Indiens, "Chartas et Atala" amours troublés par le voeu imprudent de la mère d'Atala qui a dès sa naissance voué sa fille au célibat et dénouées par la mort volontaire de la jeune fille. Le livre eut lors de son apparition un gros succès d'admiration et de scandale. Enfin pour terminer cette revue des souvenirs historiques qu'évoque le nom de Verdun, rappelons que la ville fut très connue en Angleterre, au siècle dernier, pour avoir servi de camp de concentration à la plupart des anglais arrêtés en France le 23 Mai 1803, lors de la rupture du traité d'Amiens. Pendant douze ans de 1803 à 1814 plusieurs milliers d'Anglais vécurent à Verdun dans trop pâtir de la guerre. Ils avaient fait venir leurs femmes, leurs enfants, leurs domestiques et jusqu'à leurs équipages. La ville finalement avait pris toutes les apparences d'une ville anglaise. X
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