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Retranscription du Tuyau, numéro 40, page 4 (25 mai 1916)

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en faisant un pas en avant.
M.Chou fit le même pas en arrière.
- Pas les mains! Pas les mains dit-il.
Et après de nouveaux cris, de nouveaux pleurs, de nouvelles révoltes, comme le silence d'autrefois, la colère d'Evariste tomba avec un bruit mou, comme on écrit encore dans les romans de notre troisième République. Ce qui prouve, péremptoirement que nos gens de lettres se nourissent des mêmes images.
Mais c'en était trop et vraiment la fatalité s'acharnait. Evariste ne se remettait pas du nouveau coup, plus terrible que le premier, qui lui avait été porté. Il essaya de tout: des séances de l'Académie, des articles de Mr Han Ryner, du jeu de loto, rien n'y fit. Afin de se consoler il lut tout Barrès et tout Materlink, mais sans autres appréciables résultats que de violentes migraines ou des ennuis superflus. Et il désespérait de jamais retrouver le calme du coeur et la sérénité de la conscience chers à l'auteur du trésor des Humbles. C'est alors que roulant dans sa tête les projets les plus sinistres, il résolut d'en finir avec la vie. Il cherchait une manière élégante de se suicider, lorsque Mme Chou sa mère, tourmentée par l'état de son fils se décida elle aussi à intervenir à son tour.
- Qu'as-tu? lui demanda-t-elle
Evariste qui machonnait déjà des quatrains s'écria tragiquement
Prêtez-moi votre sein
Ma mère
Car ma douleur est singulière
Mme Chou, quelque peu surprise de cette manière de s'exprimer, répliqua:
- Ces vers sont fort beaux, mon fils. Mais tu m'effrayes.
Je te le répète: Qu'as-tu?
- Je ne peux vous le dire
- Ne puis-je donc pas tout entendre?
- Hélas!
- Ton coeur?
- Mon coeur a son secret, mon âme à son mystère
- Mais encore?
- N'y touchez pas. Il est brisé.
Ainsi, Evariste pourri de littérature essayait d'éluder les questions qui l'embarraissaient par des citations appropriées. Mais comment résister aux supplications d'une mère éplorée? Evariste, poussé dans ses avant-derniers retranchements, avoua tout.
- J'aime Marie Thorn et Emma Boire et je ne peux les épouser ni l'une ni l'autre
- Tu ne peux pas les épouser? - On me l'a défendu
- Qui donc?
- Mon père
- Pourquoi?
Evariste prit un temps. Puis, d'une voix plus lugubre, proféra: - Parce qu'elles sont mes soeurs naturelles
Evariste attendait tout d'une semblable révélation, tout excepté ce qui se passa. Car madame Chou ne broncha pas, mais au contraire, avec un calme parfait
- C'est tout? demanda-t-elle.
- Dame fit Evariste interloqué
- Eh bien! Si ce n'est que cela, tu peux-être heureux, mon garçon.
- Pourquoi?
- Pourquoi? Parce que si Marie Thorn et Emma Boire sont ses filles, je peux t'assurer que toi, tu n'es pas le fils de ton père.
Louis Léon Martin


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