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Retranscription du Tuyau, numéro 40, page 7 (25 mai 1916)
Mon Cher Rédacteur, Puisque les curiosités historiques semblent intéresser vos lecteurs, voulez-vous me permettre de leur en signaler une. Vous nous avez annoncé l'autre jour qu'à partir du 1er Mai, toutes les montres et pendules de l'empire d'Allemagne avaient été avancées d'une heure. Nous nous en doutions parbleu! bien. Vous nous avez expliqué que par cette modification d'horaire les autorités allemandes avaient voulu amener insensiblement le public à vivre moins aux lumières et plus au grand jour. D'où économie appréciable de gaz et d'électricité. Mais, vous ne nous avez pas dit que depuis longtemps, en différents pays, la question avait préoccupé de bons esprits. Franklin, l'inventeur du paratonnerre, "qui calo fulmen ocipuit", comme disent les inscriptions latines à sa gloire, Franklin lui-même lors du séjour qu'il fit à Passy, fut frappé de voir que les Parisiens continuaient à dormir longtemps après que le soleil se fût levé, tandis que par contre ils prolongeaient leur activité tard dans la nuit, à la clarté des lumière artificielles. Il écrivit à ce sujet, en 1784, une lettre qui, destinée d'abord au "Journal de Paris", ne parut qu'en 1795 dans la "Décade philosophique". Il racontait d'abord que son domestique ayant oublié la veille de fermer les volets de sa chambre, il avait été réveillé par la clarté du soleil. "Sans cet accident, disait-il, j'aurai dormi environ six heures de plus pendant que le soleil donnait sa lumière, par conséquent le soir j'aurai vécu six heures de plus à la lueur des bougies. Cette dernière manière de s'éclairer étant beaucoup plus coûteuse que la première, mon goût pour l'économie m'a induit à me servir du peu d'arithmétique que je sais pour faire quelques calculs sur cette matière. Et j'ai trouvé que la seule ville de Paris épargnerait pour 96 075 000 livres tournois de cire, de suif et d'huile en se servant pendant les six mois d'été seulement, de la lumière du soleil au lieu de celle des chandelles et des bougies. Franklin proposait différentes mesures pour engager les Parisiens et les Français à faire du jour le jour, telles que une taxe sur les volets, la limitation du droit d'achat du luminaire, le son des cloches, et au besoin celui du canon au lever du soleil. Il n'avait pas songé à avancer les montres d'une heure. Le projet de Franklin donna lieu, en 1795, à une polémique de presse. Il fut défendu, avec désintéressement, par le citoyen Quinquet, pharmacien, inventeur des lampes qui portent son nom. Il n'y a donc rien de neuf sous le soleil. Veuillez, mon cher rédacteur, pardonner à un archiviste son érudition peut-être indiscrète, et croyez à mes meilleurs sentiments. T.C. C'est égale, 96 075 000 livres tournois, c'est joli pour des économies de bouts de chandelles!
Nécrologie
Domeck, soldat au 4e génie décédé à l'hôpital de Quedlinburg des suites des blessures qu'il a reçues sous Verdun.
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