Retranscription du Tuyau, numéro 41, page 4 (8 juin 1916)

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Histoires du front français

Le mal des permissionnaires. "Depuis quelque temps, nous racontait l'autre jour un de nos camarades de Verdun, les médecins français de l'avant remarquaient chez un certain nombre d'hommes qui se présentaient à la visite, une paralysie fréquente du nerf radial: la main, fléchie sur l'avant-bras, avait l'aspect d'une griffe.

La rapidité de la guérison, toute surprenante, éveilla la sagacité des praticiens, ils découvrirent bientôt la cause de ce que les braves prenaient pour une atrophie soudaine.

Interrogés à tour de rôle, tous ceux qui offraient les symptômes de la paralysie du radial déclaraient que leur permission venait de finir, ils rentraient de la ville, ils avaient voyagé longtemps en chemin de fer et, naturellement, s'étaient couchés sur l'avant-bras. D'où fatigue extrême, compression du nerf qui avait déterminé le commencement de paralysie.

Les Majors trouverent immédiatement un nom nouveau pour cette affection nouvelle: "Le mal des permissionnaires".

Les Decauvilles dans les tranchées

L'ingénieur Decauville qui, le premier en France eut l'idée de faire courir sur les grandes routes des chemins de fer à voie étroite, a imaginé d'appliquer sa découverte aux besoins nouveaux de la guerre. Grâce à lui, de petits trains circulent le long des tranchées du front. Il en est de deux catégories. Là où la tranchée est suffisamment abritée et où le sol offre une résistance suffisante, on donne aux voies un écartement de 60 cm et on lance dessus des wagons que remorque une locomotive naine. Quand la trachée est trop étroite pour permettre un tel dispositif, on place les rails à 32 cm l'un de l'autre, et des hommes poussent à bras des wagonnets pareils à ceux dont on se sert pour les travaux de terrassement. L'économie de main d'œuvre, même dans ce dernier cas est considérable. On a calculé qu'un homme peut, à l'aide d'un wagonnet, fournir le même travail que vingt-cinq ou trente hommes livrés à leurs seules ressources. Les lignes du front rejoignent les grandes lignes de l'arrière en de certaines gares régulatrices où l'activité est intense. On en cite une en Champagne qui n'approvisionne pas moins de 40.000h en matériel et en vivres. Ce sont les Decauvilles qui portent aux grosses pièces d'artillerie lourde les munitions qui leur sont nécessaires. Les départs et les arrivées sont annoncés par le téléphone.

Qui nous eu dit, Cannais, mes amis, quand le matin des beaux Dimanches, les trains de Lion ou de Cabourg nous entraînaient par les rives vertes du canal, et sue nous humions avec délices les premières effluves salées du large, qu'un jour viendrait où ces Decauvilles conçus pour l'agrément des promeneurs, évolueraient dans le fracas des batailles pour le salut du pays?

Brisques et aiguillettes

Une circulaire du Général Roques vient de restaurer officiellement le port des brisques et aiguillettes.

Les brisques seront constituées par un chevron en forme de V renversé de la couleur du galon. Un chevron porté sur le bras gauche indiquera une année de présence effective aux armées, et un chevron supplémentaire chaque nouvelle période de six mois.

Au bras droit, chaque chevron représentera une blessure de guerre.

En outre, un insigne spécial dit "fourragère" tressé aux couleurs de la Croix de guerre, rouge et vert, rappellera d'un façon apparente et permanente les actions d'éclats de certains régiments et unités formant corps, cités à l'ordre de l'armée. La fourragère, qui est en somme l'ancienne aiguillette, sera portée par tous les officiers et hommes de troupes de l'unité en question. Les hommes présents au corps au moment de la citation conserveront le droit à leur insigne, même s'ils sont affectés ultérieurement à d'autres corps.

La fourragère sera attachée au bord de l'épaule gauche et boutonnée au deuxième bouton de la capote.

Le mot de la fin

Un humoriste nous écrit: "si l'hiver prochain, on abaissait le zéro du thermomètre, ne pensez-vous pas qu'on diminuerait sérieusement les frais de chauffage? Les gens en effet cesseraient d'avoir froid, puisque le thermomètre ne descendrait plus au-dessous de zéro!"

Le Glaneur