Retranscription du Tuyau, numéro 5, page 1 (12 août 1915)

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Quedlinburg 12 août 1915. N°5

LE TUYAU

Organe indépendant des Prisonniers de Quedlinburg.

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque 6.A

séparation

L'actualité: Mr Albert Thomas sous-secrétaire d'état à la guerre (suite)

Encore au lycée, Thomas eut l'occasion de faire acte politique. Bourgeois alors ministre de l'instruction publique étant venu en 1898 visiter Michelet, on choisit le plus populaire des élèves pour lui adresser quelques mots. Thomas, car c'était lui, sût avec art rappeler au Ministre quelques-unes des paroles largement humaines que clui-ci avait prononcées dans sa "solidatité". Bourgeois fût touché de cette allusion et quelques semaines plus tard, il offrait à Thomas, un des coupons de voyage que la Compagnie des sleeping-cars avait mis à sa disposition pour être attribués à un des lauréats du Concours Général.
Grâce à cette marque délicate de la reconnaissance ministérielle, Thomas qui venait d'être reçu à l'école normale pût faire un voyage singulièrement suggestif pour un esprit observateur et précocement mûre. Il vit la Belgique, l'Allemagne, la Russie, nos ennemis et nos alliés d'aujourd'hui. De ce voyage relativement rapide, il rapporta quelques visions fortes jusqu'à l'obsession, on l'a entendu evoquer souvent la joie vigoureuse et bruyante des Kermesses flamandes ou la silhouette du moyck russe en chemise rouge, courbé sur son sillon, dans la plaine que traversait l'Orient-Express.
Retour de Russie, Thomas fit à Fontainebleau une année de service militaire et quelques mois après sa sortie de caserne, en novembre de 1899 il entrait à l'école Normale supérieure.
Bien que ce ne fût pas dans le programme des études, on faisait beaucoup de politique à la rue d'Ulm, on y discutait ferme, on y manifestait quelquefois, et les questions sociales étaient fréquemment à l'ordre du jour. D'une façon générale on y marchait de l'avant, la majorité des élèves était socialiste, un ou deux même, d'opinions plus avancées encore, se réclamaient de principes et de théories dont on ne parle plus guère aujourd'hui que pour mémoire! "L'Humanité" qui venait de se fonder était le journal semi-officiel de la maison, elle comptait parmi les futurs maîtres de l'enseignement secondaire, de nombreux et fidèles lecteurs, voir même de bénévoles collaborateurs qui se voyant déjà à l'étroit dans la chaire professorale, revaient d'une tribune plus élevée, s'entraînaient au journalisme et se préparaient à la lutte!
A Normale, Thomas fût rapidement connu comme un des plus ardents et des plus passionnés défenseurs du socialisme. Sincèrement convaincu, plein d'une foi obstinée dans l'avenir de la cause à laquelle il s'était consacré, il chercha à faire des proselytes. Tout en préparant sa licence, il fréquenta assidûment les universités populaires, aussi bien les grandes, les illustres comme l'université du faubourg St Antoine, que la modeste et timide Mouffetarde.
Pendant sa seconde année d'Ecole, il prépara son diplome d'études sur la Révolution de 48 et à la fin de la troisième année, il était reçu premier à l'Agrégation. Ce fut le dernier acte de sa vie universitaire.
Malgré les instances de Perrot, directeur de l'Ecole Normale supérieure, qui le poussait à entrer dans l'enseignement, Thomas qui rêvait peut-être la gloire d'un Jaurès, qui voulait en tout cas se consacrer à la prédication sociale se refuse à devenir professeur.
Il voulu d'abord achever sa culture personnelle, et, après avoir fait une croisère en Extrême-Orient, il partit avec une bourse du ministère faire un séjour en Allemagne. Il allait sur place étudier l'organisation du socialisme allemand, ses moeurs, ses hommes, son avenir