Retranscription du Tuyau, numéro 5, page 7 (12 août 1915)

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et Marpeaux (violons), l' adjudant Maglin (piston). Les toilettes de la maison Lemoine et Gautier et les téléphones de la maison Marpeaux qui a fait tout elle-même attirèrent l'admiration générale.
La représentation fût, je ne crains pas de le dire, l'évènement artistique le plus marquant depuis l'arrivée au Camp IV. Les compliments que reçut Mr Larché pour la troupe théâtrale prouvent que celle-ci n'a jamais été plus au point. Après le théâtre, la fête continue par le five o'clock offert gracieusement aux artistes par l'état-major de la baraque 24B. Il y eut ensuite défilé paré et masqué et bal public à la baraque 24.
En résumé, pour reprendre un mot cher à Mr le Président Fallières, tous garderont de cette journée un "souvenir inoubliable".
La Marchande d'écrevisses.

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Echos

Bien que ce ne fût pas le terme, nous avons déménagé cette semaine, une fois de plus. Nous avons quitté pour des lieux sans âme, ces baraques où nous avions mis à la longue un peu de nous-mêmes. Et nous errions, désemparés dans nos nouvelles demeures si froides et si nues, murmurant avec le poète: "Je n'aime pas les maisons neuves,
Leur visage est indifférent."
Heureusement il a eu pitié de notre désarroi, le sous-officier au timbre éclatant, au verbe savoureux, celui-là même que nous récupérâmes, il y a quelques jours. Telle la jeune esclave du drame de Coppée, il est venu à nous la main pleine de fleurs qu'il à offertes aux Chefs de baraques pour orner leurs fenêtres.
"Je t'apporte des roses..."
Honneur au délicat colosse, qui cache l'âme d'une grisette dans le corps d'un grenadier!

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Critique musicale

Monsieur Didier Durand vient de nous adresser sa démission pour raison d'ordre administratif.
Dans son dernier article, il écrivait à propos de sn conflit avec quelques membres du groupe musical.
"Ils seraient, disent-ils, heureux de ne plus me lire, cela ne tient qu'à eux, quoique bien entendu, même si cela leur déplaît le "Tuyau" continue à publier mes articles tous les jeudis..."
Nous ne pouvons que regretter de voir Mr Durand s'infliger pareil démenti à si bref intervalle. Nous acceptons sa démission.
Le "Tuyau" perd son critique musical, il y gagne un critique...

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Souvenirs d'hopital

A ceux qui ne supposent pas la vie de l'hopital et le souci continuel de l'infirmier prisonnier, je lègue ce souvenir véridique emprunté à mon cahier de souvenirs, en date du 29-3-1915.
Depuis trois mois je l'avais dans mon service avec diagnostic "Bronchite Bacilliaire". C'était un fort jeune homme de 29 ans des steppes russes, du nom de Biclokuskof. Je le savais perdu et ne cessais de lui porter intérêt en lui offrant de temps à autre une friandise.
Vers le 15 Mars son état empira, des toux rauques, des cauchemars, des râles occupaient ses nuits. Je le voyais dépérir de jour en jour! Le 29 Mars au soir entre 9 et 10 heures, les docteurs jugaient à propos de lui faire une piqûre, la dernière!...
Le pauvre russe sentait sa fin prochaine. Ses yeux suppliants semblaient implorer un suprême remède.
La piqûre faite il nous tendit la main et tandis que de grosses larmes roulaient sous ses rouges paupières, il m'étreignit la main droite, me la sera fortement et la porta à ses lèvres. Le 30 au matin l'homme n'existait plus et s'en était allé rejoindre ses nombeux camarades.
Ce baiser, est-ce bien à moi qu'il le donna? N'est-ce point la main de ceux qui lui sont chers qu'il a cru embrasser, et ce transport dernier d'amitié n'a-t-il pas été pour lui une dernière caresse adressée à ceux qu'il aimait?
Je m'excuse de ce trait à vrai dire "morose". Mais lorsque les Français sauront que plus d'une de mes pages portent le nom de ceux qui ne sont plus et que les familles pourront y puiser, ils comprendront ce que le métier d'infirmier à l'hopital a de réconfortant pour ceux qui l'ont accompli en songeant à l'avenir.
D'après les notes de Mr Relant.

N.D.L.R. L'abondance des matières nous force à renvoyer à huitaine la "Revue de la Presse", nous a contraint n'insérer que par extrait l'article de Mr Relant. Ce dont nous nous excusons auprès de lui.