Retranscription du Tuyau, numéro 6, page 3 (19 août 1915)

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Dernier baiser d'un moribond

A ceux qui ne supporte pas la vie de l'hopital et le souci continuel de l'infirmier prisonnier je lègue ce souvenir véridique emprunté à mon cahier de "souvenirs" en date du 29-3-15.
Depuis trois mois je l'avais dans mon service avec diagnostic "Bronchite Bacilliaire". C'était un fort jeune homme de 29 ans des steppes russes, du nom de Biclokuskof. Je le savais perdu et ne cessais de lui porter intérêt en lui offrant de temps à autre une friandise.
Vers le 15 Mars son état empira, des toux rauques, des cauchemars, des râles occupaient ses nuits. Je le voyais dépérir de jour en jour! Le 29 Mars au soir entre 9 et 10 heures, les docteurs Langlois et Loustaud jugèrent à propos de lui faire une piqûre... la dernière!
Le pauvre russe sentait sa fin prochaine. Ses yeux suppliants semblaient implorer un suprême remède et voie, inintelligible pour nous demandait: La vie ou la mort.
Dernière étreinte dont je me rappellerai toujours. La piqûre faite il nous tendit la main et tandis que de grosses larmes roulaient sous ses rouges paupières, il m'étreignit la main droite, me la sera fortement et la porta à ses lèvres.
Cette dernière étreinte ne survécut pas: je dus, de pars sa maladie, me désinfecter la main et le sublimé emporta les dernières traces de son dernier baiser. J'en ai cependant conservé le triste souvenir, quand le 30 au matin, l'homme n'existait plus et s'en était allé rejoindre ses nombreux camarades français: Carpentier, Martel, Mouchel etc... morts auparavant.
Et pourquoi ce baiser, cette étreinte, pourquoi cette mort m'ont'ils incité à écrire cette page??
.... C'est que j'ai trouvé là un enfant loin de sa famille, de sa mère, de sa femme, de ses enfants, peut-être désemparé comme le vaisseau par la tempête, qui avait retrouvé près de nous une autre grande famille non moins affectueuse, non moins amie!!... il nous l'avait prouvé.
Ce baiser est-ce bien à moi qu'il le donna. N'est-ce point la main de ceux qui lui sont chers qu'il a cru embrasser et ce transport dernier d'amitié n'a-t-il pas été pour lui une dernière caresse adressée à ceux qu'il aimait??
Mystère que tout ceci, mystère qu'il a emporté dans la tombe. Toujours est-il que si jamais un jour je retrouvais sur mon chemin un des êtres qu'il adorait, je ne garderais pas longtemps ce baiser et le rendrais au front d'une mère, d'une épouse ou d'enfants en souvenir de sa dernière pensée.
Mères, femmes, enfants dont les vôtres meurent ici, sachez que nos soeurs sont les vôtres et que les derniers gestes de vos fils, de vos maris, de vos papas sont gravés dans nos coeurs!
... Je m'excuse de ce trait à vrai dire morose, mais lorsque les Français sauront que plus d'une de nos pages portent le nom de ceux qui ne sont plus et dans lesquelles pourront puiser les familles, ils comprendront ce que le métier d'infirmier à l'hopital a eu de satisfaction morale pour ceux qui l'ont accompli avec tact et en songeant à l'avenir.
Kemel

N.D.L.R. Par suite du manque de place nous avions été obligés de faire des coupures dans l'article de Mr Relant publié sous le titre "Souvenir d'Hopital". Nous nous en étions excusés auprès de lui. Mr Relant s'est plaint à nous ce que ces coupures dénaturaient complètement sa ?. Nous faisons droit aujourd'hui à sa légitime réclamations en le publiant intégralement.

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Revue de la Presse

Pépins et Riflards...
"Les Français emploient lorsqu'ils veulent éclairer le terrain la nuit des fusées au magnésium qu'au moyen d'un petit canon ils lancent à 200 ou 300 mètres en l'air et qui soutenues par un parachute éclairent en retombant les environs pendant plusieurs minutes. Nous avons pu remarquer récemment que dans l'armée française elle aussi, sévit cet esprit d'économie qu'on avait tant de plaisir à railler chez les Prussiens. En effet, les parachutes coûteux et spéciaux autrefois employés par les Français sont remplacés maintenant par des vieilles carcasses de parapluies et d'ombrelles de tous les modèles..."
Frankfunter Zeitung N°220, 10 août 1915

La grande pêche...
"Quatre hommes de la barque Norvégienne "Supérior" sont arrivé hier à Bergen, ils raconte que faisant route sur Liverpool avec un chargement de bois, à environ 40 milles de ce port, par un temps clair et mer ouverte, ils se sont pris dans un filet géant, qui soutenu pas des bouées, était tendu en travers du passage maritime habituel, au choc quatre lumières s'allumèrent instanténement. Celles-ci reposaient dans la cavité de troncs d'arbres remplis de carbure. Le navire était pris si solidement qu'il fallut l'aide d'un croiseur anglais pour le dégager... Les mailles du filet étaient d'un mq, l'épaisseur des cables d'acier mesurait 1/2 cm."
Frankfunter Zeitung Lundi 19 juillet 1915

Les petites annonces du "Bruxellois"
"Monsieur demande jeune fille pour travaux faciles. S'adresser Bd du Hainaut 41
Annonce 3382. Bruxellois 6 Août 1915.

R.Sc.