Retranscription du Tuyau, numéro 11, page 1 (23 septembre 1915)

Voir la page originale du journal ici

Le N°10 Pf. - 23 septembre 1915. N°11

LE TUYAU

Organe indépendant des Prisonniers de Quedlinburg.

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque 6.A

séparation

Demain

Sur tous les fronts de très gros combats se préparent. Avant l'hiver, la guerre européenne aura vraisemblablement encore gagné en violence et en extension. Il faut compter maintenant avec d'importants et de nouveaux efforts des puissances de la Quadruple Entente, et, par suite de leur situation stratégique, l'Allemagne et l'Autriche doivent d'autant moins laisser tomber leurs opérations qu'elles savent mieux ce que leur préparent leurs adversaires.
Provisoirement, pour peu que l'on considère les opérations en cours, c'est le champ de bataille de l'est qui garde le premier rôle. Ceci changera tôt ou tard. Mais où l'action se rallumera-t-elle ensuite avec le plus de violence, voilà qui est bien difficile à préciser, car les deux partis possèdent une liberté d'action suffisante pour pouvoir passer à l'offensive sur n'importe lequel des points qui leur paraîtra important. Voilà ce qu'il faut bien garder présent à l'esprit, car chaque jour peut apporter des surprises. On peut considérer comme également possible de nouvelles et puissantes tentatives pour forcer les Dardannelles, ou bien une offensive anglo-française dans les Flandres ou sur les Vosges avec coopération de forces italiennes dans l'un ou l'autre cas. Notons pourtant que les Italiens, s'ils doivent passer à la défensive sur leur propre front, auront non seulement besoin de forces très importantes pour conserver leur ligne actuelle fort étendue et qui utilise des points d'appui très divers mais encore seront obligés de garder suffisamment de troupes en réserve pour pouvoir parer à une rupture de leurs lignes.
En ce qui concerne les forces de combat des puissances du centre les Austro-Allemands resteront très fortement engagés à l'Est tant que Riga et Pwinsk (Durabourg) ne seront pas tombées, en tant que la contre-offensive Russe dans le Sud-Est ne sera pas enrayée. Mais déjà depuis pas mal de temps, leur situation sur ce front leur permet d'en retirer des troupes pour les envoyer sur d'autres champs de bataille. Ces forces seront-elles employées dans l'Ouest à renforcer leurs lignes de défense stratégique, ou resteront-elles prêtes à intervenir dans les Balkans? Cela dépendra des circonstances.
Front-Est. Les opérations en cours se marquent par la résistance opiniâtre que présente maintenant l'armée Russe, d'après un plan nettement préetabli et d'une façon qui permit de conclure à l'entrée en jeu d'importantes réserves et nouvelle répartition des forces. L'intérêt principal est concentré sur le secteur Riga-Pwinsk-Wilna où combat le groupe russe le plus important, commandé par Russky. Le grand quartier général russe où se tient le généralissime le Tzar, se trouve à Minsk ou à Molodetschno, embranchement important à 65 km au Nord-Ouest de Minsk, où se coupent les lignes ferrées Wolkowoysk-Petrograd et Pwinsk-Minsk.
Hindenbourg combat toujours dans le Nord pour les têtes de pont entre Friedrichstadt et Jacobstadt, et plus au sud sur la ligne ferrée Libau-Duvinsk, marchant vers l'est et déjà à moins de 50 km de Pwinsk. Entre Walna et Dwinsk la ligne ferrée est déjà atteinte.
Entre la Dwina et le Pripet les Russes se trouvent combattre sur deux fronts qui sont presque à angle droit cela leur facilite les déplacements à l'arrière puisqu'ils peuvent utiliser le réseau ferré rayonnant autour de Molodetschno, mais cette situation serait dangereuse au cas où leur résistance se trouverait brisée et les deux lignes de ce saillant rejetées l'une sur l'autre.