Retranscription du Tuyau, numéro 13, page 2 (7 octobre 1915)

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Les faits de la semaine - 26 7bre - 3 Octobre 1915

I° La Guerre
1°Front occidental - Rappelons pour mémoire les grands faits qui ont marqué la fin de la semaine dernière.
Le 25 septembre après une préparation d'artillerie formidable, l'offensive était prise simultanément par les troupes Anglo-françaises d'Ypres à Arras et par les Français en Champagne entre la Suppe et l'Aisne.
Les Anglais dans leur secteur, s'emparaient du village de Loos qu'ils tiennent encore tandis que les Français à leur droite, après avoir enlevé le 25 le château Le Caulaud, le cimetière de Souchez, et les dernières tranchées que les Allemands occupaient à l'est du Labyrinthe prenaient le village de Souchez et atteignaient à l'est de Neuville St Vaast la route d'Arras à Lens.
En Champagne les troupes allemandes reculaient sur un front de 25 kilomètres de leur première ligne de défense à leur deuxième située à 3 ou 4 Kms en arrière, et les Français arrivèrent devant cette deuxième ligne constituée par la côte 135 à l'ouest de la Ferme Navarin, la butte de Souain, l'arbre de la côte 193, le village et la butte de Echure.
Depuis le 25 des combats acharnés ont eu lieu sans modifer très sensiblement la situation des deux partis en présence. Une attaque ennemie dans les Argonnes, dirigée pour faire diversion, j'imagine, contre nos positions de la Fille-Morte, à l'ouest de Bourvilles? a mis entre les mains des Allemands avec quelques tranchées environ 250 prisonniers (Comm. allemand du 28 7bre). Mais elle n'a pas eu de répercussion sur le secteur voisin, où les Français ont obtenu quelques succès locaux, au nod de Massiges (comm. fr. du 28), à l'ouest de Tahure et la ferme de Navarin (Comm fran du 28). Dans le Nord si les Anglais ont perdu une partie du terrain qu'ils avaient conquis près de Loos, les Français ont progressé à l'est de Souchez. Mais à tout prendre rien de bien sensationnel ne nous a été annoncé depuis la semaine dernière et les communiqués anglo-français se bornent dans l'ensemble à établir le bilan de notre succès sans annoncer d'importantes nouvelles.
Le bilan (illisible), la première ligne allemande a été forcée en deux places dans le Nord et en Champagne. Cent vingt et un canons ont été pris en Champagne par les Français, vingt-trois dans le Nord par les Anglais. Les Alliés ont fait plus de 23 000 prisonniers. La population de Châlons sur Marne a vu pour sa part défiler par les rues de la ville 17 750 hommes de troupes allemands et 316 officiers, qui ont été conduits ensuite à leur lieu d'internement. L'Etat-Major français estime à trois corps d'armée au moins les pertes ennemies (comm. fr du 29 7bre). De lui côté les Allemands dans leur communiqué du 2 octobre annoncent avoir pris en Artois et en Champagne 211 off. et 10 720 h de troupes (dont 106 off et 3642 anglais). Au cours de leurs contre-attaques ils ont enlevé à défaut de canons 35 mitrailleuses. Les Français et les Anglais n'ont pas encore indiqué le nombre de mitrailleuses dont ils se sont emparés, mais il doit-être énorme s'il est en proportion avec le reste du butin. Nous avons pu recueillir dans les feuilles allemandes quelques détails sur les combats de la semaine dernière. L'honneur d'avoir commencer l'attaque en Champagne revient, parait-il aux troupes coloniales que commandait le général Marchand, le héros de Forhode, et l'un de nos plus jeunes divisionnaires, puisqu'il n'a que 52 ans. Au signal donné, les marsouins s'élencèrent avec leur intrépidité coutumière dans l'espace qui séparait leurs tranchées des tranchées ennemies. La chûte de leur chef grièvement blessé au bas-ventre ne ralentit par leur élan, et c'est avec une ardeur irrésistible qu'ils abordèrent les premières lignes allemandes. L'attaque française domina à tel point la résistance ennemie que la cavalerie, conduite par le général Baratier, l'ancien collaborateur de Marchand, put se lancer sans risques à la suite de l'infanterie! C'est à son intervention que l'on attribue le nombre considérable des prisonniers faits dans un espace relativement restreint. Après avoir traversé les éléments avancés des lignes ennemies, les Marsouins poursuivirent leur marche avec une telle rapidité qu'ils arrièrent jusqu'aux positions de l'artillerie, ou ils trouvèrent des soldats allemands de toutes les armes, qui avaient quitté leurs tranchées et s'étaient réfugiés autour des canons (F.Z. du 30 7bre). La nouvelle des succès remportés par les Alliés a été accueilli avec joie à Paris, mais si l'on en juge par les extraits des feuilles françaises que les journeaux allemands nous mettent sous les yeux, l'impression généralé est qu'il faut