Retranscription du Tuyau, numéro 13, page 4 (7 octobre 1915)

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Ce que l'on utilise de munitions

Nos lecteurs ont pu lire dans le dernier N° du "Tuyau" que la reprise de l'offensive française a été précédée d'un bombardement d'artillerie qui n'a pas duré moins de soixante heures. On se représente difficilement l'énorme quantité de projectiles exigée par un bombardement aussi prolongé, sans précédecent dans l'histoire. L'article ci-dessous, emprunté au Journal de Francfort, donne le bilan des munitions utilisées au cour des guerres et des batailles précédentes, il permettra d'édifiantes et instructives comparaisons.
"En 1870, l'artillerie allemande était supérieure à la française, malgré cela il n'y eut aucune bataille où les canons allemands tirèrent plus de 200 coups par pièce. Pendant la guerre Russo-Japonaise, à la bataille de Tustchbas, la batterie russe tira en moyenne 522 coups canon!
Au cours de la guerre de 1870-71 les Allemands tirèrent en tout 817 000 obus dont 479 000 contre les forteresses françaises et le reste dans les batailles en rase campagne. A Saint-? on tira 39 000 obus.
La guerre actuelle nous éloigne de ces chiffres et nous entraîne dans le fantastique. En une seule journée sur un front large seulement de 8 Kil les Allemands ont en Galicie envoyé jusqu'à 100 000 obus. Si formidables qu'ils soient ces chiffres ne constituent cependant par le record. Les français dans leur communiqué du 17 Juin annoncent avoir tiré sur les lignes allemandes au Nord d'Arras 300 000 abus en 24 heures, c'est à dire à peu près la même quantité que toute l'artillerie allemande pendant la guerre de 1870. Le poids de ces 300 000 obus français était d'environ 4 millions et demi de kilos. Pour leur transport on utilise 300 grands wagons de chemin de fer et 4 000 voitures de munitions, chacune attelée de six chevaux. Ces 24 heures de canonnade ont coûté à la France 9 millions 375 000 francs. Pendant ces derniers trois mois la France a dépensé deux milliards de francs pour la fabrication des canons et des munitions. Lyon est devenu le centre de l'industrie guerrière. Cinq mille cinq cent hommes y sont occupés à tourner les obus. Saint-Chamond occupe 8 000 travailleurs, Saint-Etienne 9 000. Partout on travaille jour et nuit!

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Le Mystère de la femme au Poignard
Grand roman sensationnel (suite) - Chapitre V (suite)

La première chose que j'examinai fut naturellement la blessure mortelle de Dora, en plein coeur, petite et triangulaire. Mon opinon était déjà faite, mais pour m'enlever tout doute je demandai au docteur Greenheller de me présenter l'arme du crime. Il me montra ainqi que je m'y attendais un poignard indien à lame légèrement convexe et de section triangulaire et dont le manche d'ébène s'orne d'une incrustation: trois triangles d'argent disposés triangle.
Le crime est signé annonçai-je au docteur, il est signé Gueule d'empeigne."

Chapitre VI

Quelques précisions sur le professeur Gueule d'empeigne?demanda Aubemont. Cet apache que vous avez suivi en sortant de l'Hotel-Dieu?
- Oui répondit Faivroch, c'est bien ce personnage mais bous vous rappelez-mal mes paroles. Je ne vous ai pas désigné l'individu filé par moi comme étant lui-même un apache, car en réalité il est pire. Je vous ai dit simplement que c'est un chenapan bien connu de moi et surnomme "Gueule d'empeigne" par les apaches ce qui n'est pas tout à fait la même chose. C'est un individu au visage irrégulier et assez lourd. J'ai son surnom - mais bien ?, de bonnes manières et ayant reçu une bonne instruction. Son intelligence est très grande, mais mal equilibrée et son imagination est maladive. Il a lu beaucoup de livres relatifs à la magie, à l'alchimie et la cabale et il semble avoir étudié en particulier l'Indi et les fakirs, c'est là son moindre défaut, car il est surtout connu dans certains milieux littéraires comme un théoricien de l'anarchie. En raison de son ton doctrinaire et la façon dont il évoque la science à tout propos, on l'y appelle "professeur" ou "Aymon la Science" le nom qu'il se donne dans la vie courant et dont il signe ses articles étant Philippe Aymon.
- Philippe Aymon s'écria Aubemont le directeur de cette publication d'avant garde que s'appelait "l'oeil de vache" et qui n'eut d'ailleurs qu'une durée éphémère? Je l'ai rencontré à la Closerie des Lilas aux réunions politiques des Chasals ayant appris que je faisais du journalisme à mes heures, il me demanda quelques articles pour va revue que d'ailleurs je ne connaissais. Je lui envoyai alors une série d'études sur les villes qui se glorifient d'avoir donné naissance à Homère et (manque) les écrits qui servent de bases à ces cités pour élever leurs prétentions. Je fais très peu de politique et j'envoie volontiers des articles destinés à vulgariser l'hellénisme à des journaux de toutes les nuances sans me préoccuper de leur parti.
Je remarquai toutefois lorsqu'on me fit le service des numéros de "loeil de Vache" où parut mon article que cette revue était animée d'un esprit dangereux absolument contraire à l'ordre établi. Le vol sous une forme spécieuse y était présenté en somme comme une reprise individuelle et l'assasinat y était justifié dans beaucoup de cas comme favorisant la marche de l'humanité vers le progrès, je n'ai pas très bien compris comment. Je fus d'autant plus ennuyé