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Retranscription du Tuyau, numéro 1, page 6 (13 juillet 1916)
Gallieni et Kitchener
Le Général Gallieni, qui vient de succomber à la cruelle maladie qui l'avait éloigné du ministère, était une grande figure militaire. Comme administrateur, comme technicien et comme entraîneur d'hommes, il s'était acquis une situation telle qu'au moment où la limite d'âge devait l'atteindre, on résolut de la maintenir en activité de service. C'est dans ces conditions qu'après l'échec de Charleroi, lorsqu'on jugea Paris menacé, on fit appel à lui pour improviser la défense du camp retranché. Il s'y employa avec une énergie et une résolution qui rendirent immédiatement confiance aux Parisiens. Aussi ceux-ci furent-ils unanimes à lui attribuer le salut de la capitale. Cette reconnaissance n'était pas injustifiée, car le rôle du Général Gallieni fut capital dans la bataille de la Marne. Le Général Gallieni était né à Saint-Biat (Haute Garonne) le 24 avril 1849, il entra à Saint-Cyr en 1867 sous-lieutenant au moment où éclata la guerre franco-allemande, et combattit à Bazeilles et à Sedan où il fut fait prisonnier. Sa carrière s'est passés presque complètement aux colonies, au Sénégal où enfermé pendant huit mois à Nango avec une poignée d'hommes il tint tête à Ahmadou, au Soudan, au Tonkin, et à Madagascar qu'il pacifia. Le Général Gallieni obtenait les étoiles le 9 août 1896 et trois années plus tard il était promu divisionnaire. Gouverneur militaire de Lyon en 1905, membre du Conseil supérieur de guerre atteint par la limite d'âge en 1914, il était maintenu dans la 1ère section de l'Etat-Major général de l'armée. Nomme gouverneur de Paris à la place du général Michel, le 26 Août 1914, il prit le 30 octobre 1915 le portefeuille de la guerre. Il le conserva jusqu'en Mars 1916. Le Général Gallieni était grand croix de la Légion d'honneur: la médaille militaire lui avait été conférée le 12 juillet 1911. Depuis l'ouverture des hostilités il a été cité à l'ordre du jour de l'armée et a reçu le croix de guerre. Il est mort le samedi 27 Mai à l'aube. Ses obsèques ont été célébrées aux frais de l'Etat, le 1er Juin. Le service funèbre a eu lieu dans la Chapelle des Invalides. Le Président de la République, les ministres, les corps constitués, les autorités civiles et militaires y assistaient. Puis le cercueil a été exposé dans la Cour d'honneur, où une estrade avait été dressée. Le Général Roques, ministre de la Guerre, et M.Adrien Mithouard, président du Conseil municipal ont rappelé, l'un avec une éloquence de soldat nerveuse et sobre, l'autre avec l'imagination fleurie d'un poète, les services que Gallieni avait rendus à la France et à Paris. Enfin le convoi s'est formé pour gagner la gare de Lyon. Le corps, en effet, a été emmené à Saint Raphaël, où il a été inhumé. *** Le Ministre de la guerre anglais, Lord Kitchener, a suivi de près son ancien collègue français dans la mort. Mais il eu une fin plus tragique que lui. En effet tandis que Gallieni s'éteignait au milieu des visages amis, dans la paix d'une chambre d'hôpital, c'est dans l'horreur d'une nuit de tempête, par une mer soulevée, que Kitchener a disparu le 5 juin 1916, au large des Orcades, avec son vaisseau le "Hampshire". Tandis que Gallieni succombait à des souffrances si intolérables que la mort dut lui apparaître comme une délivrance, c'est en pleine vigueur de corps et d'esprit que Kitchener s'est vi arracher à une vie qui ne lui avait apporté que des satisfactions, et qui pouvait bien lui en apporter encore. Horatio Herbet Kitchener naquit le 24 juin 1850 dans ce Comté de Kerry en Irlande. Mais ses parents étaient anglais. Attiré par la carrière militaire il entra, quand ses études furent finies, dans le corps de génie. Après avoir servi comme volontaire dans l'Armée française en 1870, il fut pendant quatre ans détaché en Palestine au service de l'Exploration Found. Il y apprit à connaître les Arabes dont le caractère et l'idiome lui devinrent bientôt familiers. L'expédition d'Egypte fut pour lui la première étape vers le succès. A la fin de Juillet 1884, le Mahdi était maître de Khartoum où Gordon avait succombé. Kitchener faisait alors partie du Service des Renseignements. De 1886 à 1888 il fut gouverneur général du littoral de la Mer Rouge et commandant de section. Là il eut affaire au fameux Osman Digma. A cette occasion il reçut à la figure un coup de feu. Il dut passer le commandement à son second, et aller soigner sa blessure au Caire. Sans attendre sa guérison, il revint à Suakim, appelé par l'annonce de nouveaux combats. Mais sa blessure se rouvrit, et en Mai 1888, on dut l'évacuer sur l'Angleterre. Pendant sa convalescence, il fut nommé Aide de Camp de la Reine, et le 4 Juin colonel. Il put retourner en Egypte à temps pour dégager Suakim et prendre part à la bataille de Toski où les Derviches furent défaits. Nommé Sirdar en 1895, Kitchener prépara la conquête du Soudan. Elle se termina par la victoire d'Omdourman, où s'écroula l'empire du Makdi. Le combat dura de cinq heures trente à
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