précédent

Voir le journal en version originale.

séparation

Retranscription du Tuyau, numéro 10, page 5 (15 février 1917)

séparation

La vie au camp

image

Le jour de l'An à Quedlinburg
Beaucoup de Musique et de la meilleure. Les réjouissances que le Groupe Musical s'était réservé de nous offrir pour le jour de l'An commencèrent dès l'aube, sous forme d'un réveil en fanfare qui nous prit en plein sommeil et apporta une heureuse diversion à la façon dont on nous arrache habituellement aux doux pays des rêves. Cuivres et tambours, rivalisant d'ardeur et d'endurance, firent retentir les baraques d'éclatantes sonneries et touchèrent jusqu'aux tympans les moins sensibles, peut-être, à cette petite manifestation. Mais ce n'était là qu'une bruyante fantaisie destinée sans doute à nous mettre une belle humeur et à nous faire mieux apprécier par la suite, les pièces harmonieuses d'un programme aussi plaisant que varié et qui tint toute l'après-midi.
Jamais l'orchestre, dont les exécutions dominicales ne sont pas toujours exemptés d'un certain flottement, ne joignit plus de souplesse à tant d'homogénéité. On le sentit bien dans l'auditoire, dès la Marche première, qui résonna, claire et vibrante donnant déjà la mesure de l'entrain et de la sûreté avec lesquels le concert devait être, jusqu'au bout mené. Nous n'entrerons pas dans le détail du programme qui ne comportait pas moins de quinze morceaux et réunissait tout ce qui parmi le classique ou le moderne, semblait le plus susceptible de plaire à un public que de la musique exclusivement sérieuse aurait peut-être fini par lasser. Il nous fut donc donné d'entendre à côté d'Ouverture brillante ou d'alerte fantaisie comme l'ouverture hongroise de Keler. Bela ou le baron, ? de J.Strauss, des motifs sévères du genre de ? que Valéry a placés dans la Juive, ces phrases simples mais poignantes, qui font tout le charme de la symphonie inachevée de Schubert, l'harmonieux mélange d'accords graves, presque religieux et de mouvements relevés de danses qu'a glissées Glinka dans la Vie pour le Tsar et sont comme la caractéristique de l'âme Russe à la fois puérile et forte, et souverainement contemplative, et jusqu'aux grandioses autant qu'infernales échappées de l'ouverture de Freyschutz. Entre temps, nous délassa la curieuse, mais un peu longue symphonie enfantine de Hadn, nous fûmes délicieusement tenus en émoi par l'archet enchanteur de M.A.Buret qui fit vibrer délicatement, comme il sied, la Cavatine de Raffe, et dans Roma de Massenet, M.F.Haustête sût tirer de sa flûte des sussurrements si doux qu'il nous sembla entendre, dans le Bois Sacré comme l'écho de quelque divertissement bucolique.
M.R.Bouyjou, au talent de qui on ne fait jamais appel en vain, rendit avec chaleur, dans Thaïs, les imprécations d'Athanael à Alexandrie, la cité maudite et obtint un vif succès dans la Farandole du Diable, dont il dût bisser le dernier coupler.
Ces deux airs avaient été orchestrés par M.A.Silberberg, le distingué chef d'orchestre dont on eût plaisir à entendre en outre une valse et à qui revient l'honneur d'avoir monté en un temps relativement court et avec une superbe maîtrise, ce concert dont l'ingénieuse composition et l'interprétation parfaite furent l'objet d'unanimes éloges. Il y avait d'ailleurs plus que du contentement, et bien de la véritable sympathie, dans les bravos qui l'accueillirent à son arrivée sur l'estrade et qui le saluèrent chaleureusement après chaque exécution.

Communiqué du Comité de Secours.
La Croix-Rouge française rappelle aux prisonniers qu'ils doivent fournir à l'appui de leurs demandes les indications de la formation régimentaire à laquelle ils appartiennent, ainsi que leur lieu de résidence avant la guerre (rue et Numéro s'il s'agit d'une ville). Toutes les demandes devront être apostillées par le Comité de Secours.
Les prisonniers qui demandent des chaussures ou des vêtements doivent indiquer la pointure et la taille.

Demandez à la "Gefangenen Buckerei" le Catalogue des Livres d'Etudes

précédent

Voir le journal en version originale.

séparation