![]() |
Voir le journal en version originale. |
![]() |
|---|
Retranscription du Tuyau, numéro 2, page 5 (3 août 1916)
Les affaires sont les affaires au Théâtre Larché
Si à l'instar des scènes parisiennes, les premières chaleurs venues, et les circonstances aidant, il avait été donné à Mr Larché de clôturer sa saison, il ne l'aurait pu mieux faire qu'avec le spectacle actuel qui couronne en quelque sorte sa double carrière d'artiste et de metteur en scène. Pour la première fois, il nous est apparu dans ce qu'on est convenu d'appeler un rôle et qui plus est, dans un rôle qui lui convient et dont il a su rendre admirablement, si j'ose dire, la triviale grandeur. En choisissant, parmi les pièces du répertoire, la puissante et quelque peu féroce étude de caractère de Mr Octave Mirbeau, Mr Larché n'a pas fait preuve que d'audace, mais aussi de sagacité, les Affaires sont les Affaires étant, semble-t-il, de par son sujet et la nature même de son style, une des oeuvres les plus susceptibles et les plus assurées de plaire à son auditoire. De fait elle conquit d'emblée dès la première représentation où cependant on ne marqua peut-être pas, à la scène finale, l'attention recueillie que semblent mériter la douleur et l'accablement de l'homme d'affaires si dramatiquement atteint dans ses fibres paternelles. Mais ce ne fut le fait que de quelques étrangers à qui échappait sans doute le sens des gestes naturellement désordonnés, auxquels le désespoir et l'âpre combat de l'intérêt contre le sentiment condamnent le malheureux Lichat. Par ailleurs, et dans l'ensemble, ce personnage bien moderne d'homme d'argent et de parvenu, déguisant sous un vernis bourgeois, sous un socialisme de commande et sous une ostentatoire générosité une âme des plus vulgaires, une nature despotique et un égoïsme étroit, cet arriviste à outrance, homme d'affaires sans scrupules, prêt à toutes les actions, bonnes et mauvaises et à celles-ci plus encore qu'à celles-là, ce mar bêtement narquois, étourdissant de sa perpétuelle agitation, des ses goûts grossièrement fastueux et de ses rêves absurdes, une femme à qui répugne l'imprévu et que la richesse et le luxe n'ont point dépouillée de son étoffe de petite bourgeoise économe et terre-à-terre, ce père à l'affection maladroite, flattant dans ses vices un petit noceur de fils qui ne s'entend guère qu'à faire valser les millions paternels et poussant à la faute et à la fuite une fille sentimentale qu'un peu de tendresse et de sympathie aurait aisément attachée au foyer, cet être dur, rude, à peine dégrossi mais à qui la chance a souri, sans doute parce qu'il l'a beaucoup aidée, croyant pouvoir régenter l'univers comme il a mâté des coquins plus fieffés encore que lui-même, cet assemblage de fausse bonhomie et de féroce volonté, ce brutal, ce cynique devenu plus qu'une figure de comédie mais un véritable symbole et qui a nom Isidore Luchat, a intéressé au plus haut point et maintes fois soulevé d'éclatantes marques de satisfaction. L'honneur en revient, j'ai plaisir à le répéter, autant à l'interprète qu'au personnage. Autour d'Isidore Lichat, qui tient toute la pièce, gravitent ses victimes: femme, enfants, intendant, jardinier, courtiers vieux et gentilhomme désargenté. Mr Pierre, à souhait veule et acariâtre en bourgeoise exclusivement préoccupée de questions domestiques et à qui échappent les subtilités d'un coeur féminin battant à ses côtés, Mr Durieu en fille incomprise délaissée et que son besoin de confiance et d'affection jette dans les bras de celui qui sait le premier lui témoigner les sentiments que ne lui prodiguent pas les siens, Mr Lebailleur en amant sensible et fier, Mr Pairault en vieux nombre ruiné mais digne jusque dans la chute, M.M. Vozelle et Malecot en agents interlopes et foncièrement canaillles, M.M. Mundler et Janson enfin furent les dignes partenaires du "patron" et contribuèrent par leur jeu sûr et leur adroite interprétation au franc succès de cette "première sensationnelle" Géo
![]() |
Voir le journal en version originale. |
![]() |
|---|

