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Retranscription du Tuyau, numéro 3, page 5 (24 août 1916)
refuge contre les balles et les obus? Eux-mêmes consentiraient-ils sans un serrement de coeur à dire pour toujours adieu à leurs pays natal, à tout ce qui fut, collines, fleuves, forêts, le cadre paisible de leurs premières années? C'est à cette question que répond de façon imparfaite sans doute, mais pourtant assez séduisante, l'Exposition de la "Cité reconstituée." Non, les habitants de Loos, de Carency, de Tahure, de toutes les villes qui furent les victimes de la Guerre, ne resteront pas éternellement des "déracinés". Ils reviendront au pays cultiver leurs champs ou exploiter leurs mines. Les sociétés qui ont organisé l'exposition de la "Cité reconstituée" s'offrent en effet à construire pour les recevoir, à proximité même de leurs terres, des chalets en brique et bois qui leur serviront d'abris, jusqu'au jour lointain encore où ils auront à nouveau de bonnes maisons de pierre. Et elles ont réuni sur la terrasse du Jeu de Paume les différents types d'habitations qu'elles leur proposent: ferme, maison bourgeoise, maison de commerce, sans parler des bâtiments communaux, comme l'Eglise, la Mairie et l'Ecole. Ces immeubles provisoires sont coquets. Ils sont aussi pratiques et solides, car les matériaux artificiels dont ils sont faits, brique agglomérée, bois à double paroi, pâte de papier comprimé, donnent des résultats étonnants aussi bien au point de vue de la durée que de l'isolement au chaud et au froid. Ils sont peu coûteux, puisqu'un village de 150 habitants revient à moins de 100 000 francs, puisqu'une ferme vaut 4 000 francs payables par versements successifs. Enfin ils offrent l'inestimable avantage de pouvoir être construits presque instantanément. Supposez par exemple qu'il y ait interet entre tous les habitants d'un même village, voici le spectacle étonnant auquel vous pouvez assister. Un beau matin, dans un coin triste et ravagé du territoire français, un train de marchandises amènera un chargement de matériaux découpés et de planches assemblées. Ce sera tout le village démonté. Les ouvriers se mettront à l'oeuvre, ajusteront des parois, visseront des poutrelles, cloueront des parquets, scelleront des carrelages. Quatre jours après presque comme dans l'histoire de la Lampe Merveilleuse, la cité sera réédifiée autour de son église et de sa Mairie. Et le travail reprendra dans les champs que, depuis des années, seuls les obus labouraient encore. Ce sont là visions d'avenir. En attendant, les deux expositions des Tuileries prouvent que si, en France nous avons parfois pêché par imprévoyance, comme nous nous le reprochons volontiers à nous-mêmes, l'heure est passée où nous marchions à la remorque des évènements. Nous nous efforçons maintenant de les prévoir et de les préparer. Et c'est à défaut d'autres, un résultat heureux de cette guerre.
Echos
Deux anecdotes - Lord Fisher, le premier Lord de l'Amirauté, s'était fait avant la guerre la réputation d'un homme énergique. Chargé, comme contre-amiral, de diriger l'Arsenal de Portsmouth, il y introduisit des habitudes d'ordre et de discipline qui manquaient totalement à ses ouvriers, gens d'esprit sans doute, mais de peu de conscience professionnelle. On raconte à son sujet l'anecdote suivante. Le jour même de son entrée en fonctions, il se promenait à travers les docks quand soudain il rencontra quelques marins qui déambulaient paresseusement. - Que faite vous là? Les marins, qui ne connaissaient pas encore leur nouveau maître, répliquèrent. "Nous voyons si le chemin est libre pour quelques-uns de nos camarades qui nous suivent en portant une poutre." En effet six grands gaillards apparurent - "Que faites-vous là?" demanda Fisher - "Nous portons une poutre" - "Je ne vois pas de poutre" - "Voilà qui est curieux, dit celui qui parlait au nom des autres, nous avons oublié la poutre" Un peu plus loin, continuant seul son inspection, il vit un homme assis sur un bloc de fer, un marteau à la main. L'homme regardait nonchalamment à droite et à gauche. - "Est-ce que les lords de l'Amirauté sont par ici? demanda Fisher - "Ne craignez rien, camarade, répondit familièrement l'homme qui ne connaissait pas le titre de son interlocuteur. Je fais le corbeau. - "Le corbeau?"
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